Métiers de la santé, les frontières bougent...

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Métiers de la santé, les frontières bougent...

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  • évolution des métiers de la santé

Depuis plusieurs années, des expérimentations sont menées sur l'évolution des métiers de la santé. Où en est-on aujourd'hui en France ? Comment ces évolutions se concrétisent-elles outre-atlantique ? 

Auteur : Professeur Jean-Michel CHABOT / MAJ : 21/06/2019

Des expérimentations qui ont du mal à aboutir...

Voilà près de 20 années, le ministre Jean-François Mattéi avait ouvert le chantier de l’évolution des métiers de la santé.

L’analyse était simple, nos professionnels étaient le produit :

  • soit de formations longues : près de dix années, ou même davantage pour les pharmaciens, odontologues, ou bien médecins,
  • soit de formations courtes : trois années ou même moins pour la quasi-totalité des auxiliaires médicaux1.

A l’évidence, il y avait de la place pour des formations de durée intermédiaire, en quatre ou cinq années conduisant à des évolutions des métiers ; justement, à l’initiative de l’union européenne les études supérieures, post bac, étaient appelées à s’organiser en trois cycles, Licence (trois ans) Master (cinq ans) et Doctorat (8 ans) : c’est ce que l’on a appelé la réforme LMD, actuellement en cours de réalisation.

L’initiative de Jean-François Mattéi s’était traduite par la mise en œuvre des "expérimentations Berland" avec la perspective de résultats positifs et d’une généralisation rapide ; cela concernait notamment les infirmier(e)s, les diététicien(e)s, les manipulateurs en imagerie et les orthoptistes…

Hélas, ces expérimentations se sont heurtées à des résistances fortes, liées bien entendu aux cadres légaux et réglementaires en vigueur, mais plus généralement aux représentations qui caractérisent chaque profession et aux pesanteurs et corporatismes qui n’ont pas manqué de se manifester ; si bien que les choses n’ont que peu avancé.

"Ma santé 2022" : vers un déploiement de certaines évolutions

Aujourd’hui en 2019, il semble bien que dans le cadre du plan "Ma santé 2022", certaines de ces expérimentations soient enfin proches de se concrétiser.

Il est exact que deux "éléments de contexte" qui faisaient défaut à l’époque du ministère Jean-François Mattéi sont maintenant acquis :

  • L’exercice "en équipe" pluri-professionnelle, dans le cadre duquel les transferts/partages de compétences ne s’envisagent pas du tout de la même manière que dans le cadre d’un exercice isolé.
  • Les modalités de rémunération qui sont appelées à se diversifier, en particulier au bénéfice des rémunérations d’équipe (ce que les Scandinaves et les Américains appellent des "Bundled").

Si bien que les heureuses évolutions que constituent – en autres - les infirmièr(e)s de pratique avancée, les coordonnateurs(trices) de soins ou les assistants, devraient enfin se déployer.

Exemples d'évolutions des métiers de la santé déployées outre-atlantique

  • Tout d’abord sur la difficile question de la prise en charge des addictions aux opiacés pour laquelle les "nurses practitioners" (NPs) et les "physicians assistants" (PAs) ont obtenu en 2016, à l’échelon fédéral, une dérogation pour prescrire de la buprenorphine ; cette dérogation étant selon l’Etat d’exercice, éventuellement soumise à une régulation.

Une analyse2 publiée dans le JAMA du 9 avril 2019, montre que les Etats où la régulation est la plus restrictive disposent de moins de NPs et de PAs (l’équivalent de nos infirmières de pratique avancée et de nos futurs assistants) pour s’occuper des malades.

  • Une étude3 menée dans la province du Québec, publiée dans le JAMA fin 2018, a montré l’efficacité – appréciée avec 6 mois de recul - d’une action « éducative » menée directement auprès des patients par les pharmaciens, afin de réduire des prises inappropriées de médicaments chez des sujets âgés, en particulier des hypnotiques et des anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Métiers de la santé : les frontières bougent... 

1 Les professions d’auxiliaires médicaux, improprement dénommées "paramédicales" (infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, ergothérapeutes et psychomotriciens, orthophonistes et orthoptistes, manipulateurs d’électroradiologie médicale et techniciens de laboratoire médical, audioprothésistes, opticiens-lunetiers, prothésistes et orthésistes, diététiciens), aides-soignants, auxiliaires de puériculture et ambulanciers (art. 4311-1 à 4394-3 du code de santé publique).

Certaines professions disposent d’un décret d’exercice codifié comportant une liste d’"actes" que les professionnels concernés sont autorisés à effectuer : c’est le cas des infirmiers, des masseurs-kinésithérapeutes, des pédicures-podologues, des ergothérapeutes, des psychomotriciens, des orthophonistes, des orthoptistes, des manipulateurs d’électroradiologie médicale.

A l’évidence, la perspective de l’exercice regroupé pluriprofessionnel doit se traduire par une évolution de la conception même de ces décrets d’actes. 

  

Spetz J, Toretsky C, Chapman S, Phoenix B, Tierney M. Nurse Practitioner and Physician Assistant Waivers to Prescribe Buprenorphine and State Scope of Practice Restrictions.
JAMA. 2019 Apr 9;321(14):1407-1408. doi: 10.1001/jama.2019.0834. 

Martin P, Tamblyn R, Benedetti A, Ahmed S, Tannenbaum C.
Effect of a Pharmacist-Led Educational Intervention on Inappropriate Medication Prescriptions in Older Adults: The D-PRESCRIBE Randomized Clinical Trial.
JAMA. 2018 Nov 13;320(18):1889-1898. doi: 10.1001/jama.2018.16131