Vaccins obligatoires : nouvelle stratégie vaccinale en 2018

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Vaccins obligatoires : nouvelle stratégie vaccinale en 2018

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  • vaccins obligatoires, bébé, nourisson

Chez les enfants nés à partir du 1er janvier 2018, les vaccins qui sont obligatoires sont ceux qui protègent des maladies suivantes : coqueluche, diphtérie, haemophilus influenzae B, hépatite B, méningocoque C, pneumocoque, rougeole, poliomyélite, oreillons, rubéole et tétanos.

Chez les enfants nés avant le 1er janvier 2018, les vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, aux âges de 2, 4 et 11 mois, sont obligatoires.

  • Médecin généraliste et urgentiste
  • Médecin spécialiste
Auteur : Dr Robert GRAU, médecin généraliste conseil / MAJ : 19/02/2018

Des mesures pour renforcer la couverture vaccinale de notre pays

Le Haut Conseil de la Santé Publique, dans le cadre de ses missions en matière de prévention des maladies transmissibles et de ses travaux sur la préparation de la stratégie nationale de santé, préconise et soutient bien sûr les mesures prises pour renforcer la couverture vaccinale de notre pays.

Les vaccins offrent une protection individuelle. Une bonne couverture vaccinale permet de protéger les personnes vulnérables en empêchant la diffusion des agents infectieux.

La France est, hélas, un des pays industrialisés où la couverture vaccinale contre certaines infections est la plus basse et où la sécurité des vaccins fait l’objet des plus vives controverses, la remettant en cause.

Les 11 vaccins qui sont obligatoires en France, sont efficaces pour les enfants à 90 % ou plus (selon les notes de synthèse de l’OMS) et les effets indésirables, quand ils existent, sont généralement mineurs et de courte durée.

Les effets indésirables des vaccins

Certains effets indésirables mineurs sont communs à tous les vaccins injectables pouvant entraîner une réaction du site d’injection, douleurs, rougeurs, gonflements, (supérieurs à 10 cas sur 100 vaccinés), ainsi que certains effets généraux également de courte durée comme de la fièvre, des douleurs musculaires ou articulaires (1 à 10 cas sur 100 vaccinés).

Des réactions allergiques extrêmement rares peuvent cependant être graves en l’absence de traitement adéquat (inférieur à 1 cas sur 450 000 vaccinés).

D’autres effets indésirables, parfois attribués à certains vaccins, sont avancés par les détracteurs de la vaccination :

  • Suspicion de lien entre autisme et vaccination contre la rougeole.
  • Suspicion de lien entre la sclérose en plaque et la vaccination contre l’hépatite B : de nombreuses études réalisées entre 1986 et 2004 ont infirmé le lien suspecté entre la vaccination contre le virus de l’hépatite B et des effets indésirables graves, que ce soit concernant les atteintes neurologiques de type sclérose en plaque ou d’autres maladies auto-immunes. Il faut aussi noter que la suspicion de lien avec la sclérose en plaque n’a jamais concerné la vaccination du nourrisson.
  • Suspicion de toxicité des adjuvants : parmi les 11 vaccins qui seront obligatoires en France, à l’exception du vaccin ROR (qui est un vaccin vivant) tous contiennent des sels d’aluminium (adjuvant) indispensables à leur efficacité. Au vu des données disponibles à ce jour à l’échelle internationale avec un recul d’utilisation de 90 ans et des centaines de millions de doses injectées, l’innocuité des sels d’aluminium contenus dans les vaccins ne peut être remise en cause. Une équipe de chercheurs français a suggéré un lien entre la lésion au site d’injection du nommé myofasciite à macrophages qui contient des traces d’aluminium comme un tatouage contient de l’encre et l’existence de symptômes chroniques tels que fatigue, douleurs musculaires ou articulaires ou troubles cognitifs. L’analyse indépendante de leur résultat n’a pas permis à ce jour de démontrer l’existence de ce lien. Par ailleurs, cette maladie n’a pratiquement pas été observée hors de France, alors que les vaccins contenant de l’aluminium sont utilisés partout dans le monde.
  • Suspicion de danger des vaccins combinés : les vaccins combinés ont comme intérêt principal de faciliter la vaccination des nourrissons. Néanmoins, le préalable à la mise à disposition d’un vaccin combiné est de démontrer que la réponse immune obtenue pour chacune des valences n’est pas inférieure à celle observée lorsque les différentes valences sont administrées de manière séparée, et que les effets indésirables ne sont pas plus fréquents avec la forme combinée que lors de l’administration séparée.
  • Les arguments développés par les lobbyistes anti-vaccins qui prétendent que les vaccins combinés provoquent un « épuisement du système immunitaire » ne reposent sur aucune base scientifique. La stimulation du système immunitaire induite par un vaccin, fut-il hexavalent, est en effet négligeable par rapport à ses capacités de réponse et par rapport aux stimulations environnementales quotidiennes.

Pourquoi avoir rendu obligatoire en 2018, 8 vaccins supplémentaires ?

L’objectif de cette mesure est de protéger la santé de tous les enfants et de lutter contre les épidémies qui réapparaissent en France, notamment en raison d’une couverture vaccinale insuffisante chez les bébés de moins de deux ans.

Par exemple, l’épidémie récente de rougeole entre 2008 et 2014, avec plus de 24 000 cas déclarés en France, plus de 30 encéphalites et 10 décès, était liée à l’insuffisance de la couverture vaccinale pour cette maladie.

Il faut préciser que les 8 nouveaux vaccins obligatoires étaient déjà recommandés et les nourrissons en bénéficiaient.

La distinction entre vaccin obligatoire et vaccin recommandé est uniquement liée à l’histoire de la vaccination en France, puisque initialement, les vaccinations obligatoires étaient destinées à combattre les maladies qui constituaient des fléaux sanitaires (poliomyélite, diphtérie, variole, tétanos, tuberculose) et que le législateur voulait que ces vaccinations soient accessibles à tous.

Les vaccins recommandés sont donc tout aussi importants et nécessaires que les vaccins obligatoires. Ils sont simplement plus récents.

Les conséquences de la distinction entre vaccins obligatoires et vaccins recommandés

Les vaccinations obligatoires sont exigibles pour l’entrée en collectivité, que ce soit à l’école, crèche, centre de vacances. Par conséquent, un enfant non vacciné avec les vaccins obligatoires ne pourra pas être admis dans ces collectivités.

Les parents ou les titulaires de l’autorité parentale d’enfants n’ayant pas reçu ces vaccinations obligatoires peuvent être poursuivis pénalement.

L’indemnisation en cas d’effet indésirable imputable à la vaccination est différente selon le caractère obligatoire ou non du vaccin. En effet, en cas de vaccination obligatoire, c’est l’état qui se porte garant de toute complication pouvant survenir suite à la vaccination obligatoire.

Rappelons également que certaines vaccinations, qui ne sont pas obligatoires pour la population générale, le sont pour différentes professions, telles les professions de santé, étudiants des professions de santé, personnels de laboratoire, égoutiers, vétérinaires, personnels travaillant dans les transports sanitaires et l’alimentation, personnels des établissements médico sociaux, etc.

Les sanctions encourues

L’objectif de cette mesure n’est pas de sanctionner. En effet, le défaut de vaccination n’est plus punissable en tant que tel : les dispositions spécifiques du code de la Santé Publique, qui prévoyaient jusqu’à six mois de prison et 3 750 euros d’amende sont abrogées. Il existe un principe plus général d’obligation de protection des enfants.

Théoriquement, les sanctions vont jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Le gouvernement assure ne pas vouloir axer sa politique sur la répression. « L’objectif de cette mesure n’est pas de sanctionner mais de rendre la confiance dans les vaccins » a déclaré la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

Côté médecins, les réfractaires à la vaccination risquent des sanctions pénales pour faux et usages de faux s’ils falsifient des certificats, selon l’Ordre des Médecins. Ils s’exposent aussi à une radiation.

Rappelons que le 22 décembre dernier, le Conseil d’Etat a confirmé la radiation d’un généraliste qui n’avait pas injecté à un enfant les vaccins obligatoires mais avait inscrit tout de même dans le carnet de santé des mentions mensongères.

La vérification des vaccins obligatoires en fonction de l’âge à l’admission et au maintien en collectivité débutera à compter du 01/06/2018 .

Que font les pays étrangers ?

Si nous faisons un tour d’horizon de ce qui se passe à l’étranger (selon un article de l’INSERM de décembre 2017 sur « que dit la science à propos des 11 vaccins obligatoires en France ? » ) il existe des pays dénués d’obligation vaccinale, comme l’Allemagne, l’Espagne, l’Irlande, le Luxembourg, le Royaume-Uni, la Suède, la Finlande, le Danemark.

D’autres pays ont au moins une vaccination obligatoire, comme la Belgique, et l’Italie, quant à elle, a 10 vaccins obligatoires depuis 2017 ; la Pologne et Roumanie ont quatre vaccins obligatoires.

Au-delà des frontières de l’Europe, les allocations familiales ne sont pas versées depuis le 1er janvier 2016 en Australie aux parents d’enfants non vaccinés. Cette politique est soutenue par la majorité des parents. Aux Etats Unis, tous les états exigent que la vaccination des enfants soit à jour pour qu’ils puissent fréquenter l’école mais certains acceptent des exceptions médicales, religieuses ou philosophiques.

Le rôle du médecin traitant et du pédiatre

N’oublions pas que l’objectif à atteindre est une couverture de 95 %, comme le préconise l’OMS, pour bloquer la diffusion de ces maladies aux complications parfois redoutables voire mortelles.

Conscient des interrogations suscitées par cette extension de l’obligation vaccinale (la défiance envers la vaccination est plus élevée en France que dans les autres pays du monde), le Ministère de la Santé a annoncé début janvier 2018 des mesures d’accompagnement et un renforcement de l’information pour les professionnels de santé et pour le grand public avec des campagnes d’information et d’animation durant le premier semestre 2018.

Le Médecin traitant, qu’il soit médecin généraliste ou pédiatre, a un rôle capital dans cette nouvelle politique de santé vaccinale en répondant aux interrogations des parents, en expliquant le bien fondé de celle-ci et en pratiquant les vaccinations.

Il est indispensable d’augmenter les niveaux de couverture vaccinale des enfants en France pour prévenir des pathologies sévères, des séquelles et des décès évitables.

Pour le gouvernement, c’est une priorité de santé publique ; pour nous médecins, c’est un devoir.

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