Démographie médicale en 2018 : quelles évolutions ?

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Démographie médicale en 2018 : quelles évolutions ?

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Une analyse de la démographie médicale en France nous est livrée par le Dr Jean-Marcel Mourgues suite à la publication annuelle de l'atlas de la démographie médicale du Conseil National de l'Ordre des Médecins (CNOM). Retrouvez les derniers chiffres clés de la démographie des médecins en France, toutes spécialités confondues.

  • Médecin généraliste et urgentiste
  • Chirurgien-dentiste
  • Interne
  • Médecin spécialiste
Auteur : Jean-Marcel Mourgues, Président de la Section Santé publique du Conseil National de l’Ordre des médecins (CNOM) / MAJ : 21/02/2019

2017- 2018 : de faibles variations des médecins en activité régulière, par quasi-équilibre des médecins entrants /sortants

Au 1er janvier 2018, parmi les 296 755 médecins inscrits à l’Ordre des médecins, 198 081 avaient une activité régulière, soit un solde modeste mais enfin positif par rapport au 1er janvier 2017 de 222 médecins (+ 0,1 %) et une baisse de 10 points depuis 2010. Si l’on compte les médecins ayant une activité intermittente ou temporairement sans activité, les médecins actifs (médecins dits en activité totale) ont même progressé de 0,5 % d’une année à l’autre.

Sur 100 médecins inscrits au Tableau de l’Ordre des médecins (tous les médecins à quelques exceptions près, comme les médecins du Service des Armées), 67 d’entre eux étaient ainsi au 1er janvier 2018 en activité régulière, 6 en cumul emploi-retraite, 4 en activité intermittente, les médecins restants étant des médecins sans activité, pour l’essentiel des médecins retraités.

L’âge moyen des médecins en activité régulière est de 50,8 ans, mais avec des disparités territoriales importantes (écart d’âge moyen de 7 ans entre l’Ille-et-Vilaine 47,5 ans et la Creuse 54,7 ans).

2010- 2018 une érosion continue des effectifs des médecins spécialistes en médecine générale.

Les effectifs de médecine générale en exercice régulier continuent de baisser : - 7,3 % depuis 2010, - 0,4 % depuis 2017, alors que les autres cohortes de médecins progressent (spécialistes médicaux + 3 % et + 0,4 % depuis respectivement 2010 et 2017 ; spécialistes chirurgicaux + 8 % et + 0,8 %).

2010-2018 effectif medecine generale

Une croissance continue de l’exercice salarié en activité régulière

Les parts relatives de l’exercice libéral et de l’exercice salarié se sont croisées entre 2010 et 2018 : en 2010, 47 % de médecins en exercice libéral, 42 % de médecins en exercice salarié ; en 2018 respectivement 42 % et 47 %, les 11 % restants – stables – étant représentés par les médecins en exercice mixte (libéral et salarié).

Une proportion de femmes importante mais différenciée selon les cohortes

La féminisation du corps médical se poursuit : 47,4 % des médecins en activité régulière au 1er janvier 2018. 11 départements ont une majorité de médecins en exercice régulier du genre féminin, départements tous urbains dont 4 départements franciliens. 64 % des médecins généralistes de moins de 40 ans sont des femmes et respectivement de 63 % et 46 % chez les spécialistes médicaux (hors MG) et chirurgicaux.

feminisation-corps-medical-2018

Un renouvellement des générations de médecins inégal d’un département à l’autre

Le renouvellement générationnel n’est pas le même selon les spécialités médicales : le rapport médecins de moins de 40 ans sur médecins de 60 ans et plus en activité régulière n’est que de 0,85 pour la médecine générale, alors qu’il est à 0,99 pour les autres spécialités médicales, et même 1,21 pour les spécialités chirurgicales. Le renouvellement générationnel est incomplet pour la médecine générale, en cohérence avec l’évolution des effectifs précédemment évoquée.

Le creusement des inégalités territoriales se confirme.

La densité des médecins généralistes n’a baissé que de 9,8 % entre en 2010 et 2018 pour le décile des départements à la densité de médecins généralistes la plus élevée. Elle a en revanche baissé de 19,8 % pour le décile le plus défavorisé.

Pour les spécialistes médicaux (hors la médecine générale), le rapport de densité entre les deux déciles cités (décile 10 / décile 1) est de 2,5. Autrement dit pour le décile le moins peuplé en spécialistes médicaux, la densité est 2,5 fois plus basse que pour le décile le plus favorisé soit de 63 médecins pour 100 000 habitants contre 157 médecins pour 100 000 habitants pour le décile le plus favorisé.

Le constat est le même pour les spécialistes chirurgicaux, avec un rapport entre les deux déciles 10 et 1 de 2,3.

Pour chacune de ces trois cohortes de médecins – médecine générale, spécialistes médicaux (hors la médecine générale), spécialistes chirurgicaux, non seulement les inégalités territoriales sont fortes mais elles se majorent au fil des années.

Un lien significatif entre faible densité médicale et part des plus de 60 ans de la population générale

Ce constat est aggravé par le fait que les départements à densité médicale faible sont ceux qui le plus souvent ont la population générale la plus âgée. Ainsi, pour le Cher, alors que la densité des médecins généralistes en activité régulière est de 90,8 médecins pour 100 000 habitants (contre 125,4 en France), la population des 60 ans et plus représente 32,3 % de la population du département (contre 25 % en France).

Pour les spécialités médicales (autres que la médecine générale), la situation est plus altérée encore.

Ainsi, pour la Creuse, la densité des spécialités médicales est la moitié de celle de la France alors que les habitants de 60 ans et plus y sont de moitié supérieurs en part de la population (38,2 % contre 25 % en France). Le constat est identique pour celui des spécialités chirurgicales.

Un cumul avec d’autres facteurs de fragilité territoriale, sanitaires, sociaux, aménagement du territoire

La carte des territoires en tension médicale se superpose à d’autres cartes – celles des personnes âgées, de la desserte numérique, de l’accès aux services, des populations les plus précaires – de telle sorte que l’on peut évoquer un cumul de fragilités territoriales dont l’accès aux soins ne serait qu’un aspect.

atlas-demographie-medicale-2018

Accessibilité potentielle localisée (APL) aux médecins généralistes

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Variation 2010-2018 des densités des médecins généralistes en activité régulière