Les « Fake news » en santé : une nouvelle « Guerre des Mondes » ?

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Les « Fake news » en santé : une nouvelle « Guerre des Mondes » ?

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  • Fake news, étonnement

Le terme est à la mode. Pourtant, les fake news ne sont pas un phénomène nouveau puisque ce n’est, ni plus ni moins, qu’une information fausse, comme il en a toujours existé.
Mais le développement des réseaux sociaux a amplifié ce phénomène. Aujourd’hui, une information fantaisiste peut être relayée des centaines de milliers de fois dans le monde entier, au point de devenir « virale ». En matière de santé, de telles fake news peuvent avoir de sérieuses conséquences, surtout lorsqu’elles se combinent avec une théorie du complot, elle aussi bien présente sur la toile…

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Auteur : Stéphanie TAMBURINI, Juriste / MAJ : 06/03/2018

Retour sur un exemple bien connu de fake new en santé

Certaines fake news sont très anciennes et continuent d’alimenter les réseaux sociaux, même lorsqu’elles ont été démenties.

Un des exemples les plus connus est la théorie selon laquelle l’autisme serait causé par la vaccination ROR, qui date de 1997 mais dont la propagation se poursuit aujourd’hui encore sur la toile.

A cette époque, le chirurgien britannique et chercheur Andrew Wakefield publie, avec douze autres chercheurs, une étude dans le Lancet affirmant avoir trouvé des traces de virus de la rougeole (en suite de vaccinations) dans des biopsies intestinales réalisées sur huit enfants autistes. La publication de cet article entraîne une chute vertigineuse du taux de vaccination (81% en Angleterre, 76% en Irlande).

Dès 2004, dix des treize chercheurs se rétractent, reconnaissant n’avoir envisagé qu’un lien « éventuel » entre la vaccination et l’autisme. Dans le même temps, sont mis à jour des conflits d’intérêt financier importants du Dr Wakefield, qui avait notamment pour projet de commercialiser un test de dépistage découlant de son étude ainsi qu’un nouveau vaccin contre la rougeole plus « inoffensif ». Par ailleurs, il apparaît que les études ont été réalisées dans des conditions très contestables (procédures invasives sans autorisation éthique). Il sera d’ailleurs poursuivi et inculpé pour malhonnêteté et abus à l’encontre d’enfants. Il est radié depuis 2010 et n’est plus autorisé à exercer au Royaume-Uni.

Cette même année, fait exceptionnel, le Lancet se rétracte et retire l’article de ses archives, reconnaissant qu’il n’aurait pas dû publier cette recherche.

Malgré ces dénégations officielles et la radiation du Dr Wakefield, ses théories continuent à être véhiculées via ses propres ouvrages et films puisque, exilé aux Etats-Unis, il se présente désormais comme un « lanceur d’alerte ». Elles ont même connu un regain d’intérêt grâce aux réseaux sociaux qui en ont permis la propagation, dans un contexte général de suspicion à l’égard de la vaccination.

II est ainsi donné raison à Gaston de Serres, épidémiologiste à l’Institut national de Santé publique du Québec, qui prédisait en 2010, lors du retrait de l’étude des archives du Lancet, que « La théorie du complot va persister, et on risque d'entendre parler du vaccin et de l'autisme pendant des années, malheureusement ».

Fake news, mais vraies conséquences !

En matière de santé, on sait que de très nombreuses études sont menées à travers le monde sur des sujets divers, dont certains ont un impact très important sur les populations. Avec la démocratisation de l’information, certaines études prennent une ampleur qu’elles n’auraient pas eue auparavant. Certaines sont même relayées auprès du grand public avant l’aboutissement de la démarche scientifique.

Dans l’exemple qui précède et dans tous ceux qui lui sont similaires, le risque est double :

  • en dénonçant la responsabilité d’un produit ou d’un processus, on fait naître un climat général de suspicion à son égard qui peut avoir des conséquences graves, en termes de santé publique ;
  • puisqu’un « coupable » est désigné, et même si ce n’est finalement pas le bon, d’autres recherches ou prises en charge qui se seraient avérées plus adaptées peuvent être retardées ou écartées.

Les fake news sont propagées à dessein, pour faire prospérer une théorie personnelle, ou tout simplement « faire le buzz ». Ceux qui la relaient peuvent donc, sans en être conscients, se faire les complices d’une véritable campagne de désinformation, et aussi perdre toute crédibilité.

Sur un registre plus léger que l’autisme, on se souvient en effet de l’opération de communication du maire d’une commune bretonne, qui, pour dénoncer les déserts médicaux, avait annoncé la venue prochaine…d’un druide ! Cette annonce, non vérifiée, prise au pied de la lettre et abondamment relayée, avait suscité de nombreux et vifs débats sur Twitter, avant que le pot aux roses ne soit finalement découvert…mais trop tard pour tous ceux qui s’étaient emparés de cette nouvelle pour dénoncer, avec beaucoup de sérieux et une certaine virulence, l’effondrement du système de santé français…

Comment les professionnels de santé peuvent-ils repérer une fake new et s’en prémunir ?

Les professionnels de santé sont particulièrement exposés aux fake news, non seulement comme tout citoyen et internaute, mais aussi en tant que destinataires d’un grand nombre d’informations scientifiques, sur des sujets qui peuvent être très pointus.

Leur formation médicale leur permet, sans doute, de démêler le vrai du faux dans la plupart des cas, notamment les plus criants. Pour autant, l’exemple du lien entre autisme et vaccination ROR, qui a été relayé plusieurs années dans une revue médicale de référence, montre à quel point la fake new peut revêtir l’apparence de la fiabilité et tromper même les spécialistes.

Plus qu’un citoyen lambda, le professionnel de santé doit être particulièrement vigilant, car il lui appartient de relayer les « bonnes » informations, le « bon état de l’Art » auprès de ses patients. Il a la responsabilité d’informer de façon loyale, claire et appropriée.

Pour cela, quelques précautions s’imposent :

  • Vérifier les sources et privilégier celles qui sont officielles ou certifiées (par exemple, la fondation suisse HON – Health on Net – accorde une certification aux sites répondant à certains critères de fiabilité, sans toutefois garantir la véracité des informations de fond).
  • Ne pas relayer des informations de façon systématique sur les réseaux sociaux ou, dans la pratique professionnelle, auprès des patients sans avoir vérifié au préalable leur contenu intégral, leur date et la personne dont elles émanent.
  • S’interroger sur le contexte de diffusion de l’information : s’agit-il d’une information factuelle ou de l’expression d’une opinion ? Cette vérification est importante, car dans certains domaines, plusieurs écoles s’affrontent et peuvent avoir intérêt à diffuser largement des informations venant conforter leur thèse, parfois au mépris de la fiabilité….
  • Dans certains domaines, les études se succèdent, voire s’empilent, de façon parfois contradictoire. Lorsqu’il en fait état auprès de patients, le médecin doit garder à l’esprit l’article R. 4127-39 du code de la santé publique selon lequel « Il ne peut proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé ». A défaut, il engage sa responsabilité déontologique.

5 Commentaires
  • bernard g 10/04/2018

    Vérité d'aujourd'hui erreur d'hier
    Exemple: je passe mes cliniques en 1975: on me demande" quel est le traitement de l'insuffisance cardiaque? " je dis betabloquants on me traite d'assassin.
    Aujourd'hui je suis reçu
    Alors. ?.

  • Raphaël M 07/04/2018

    "Le principal obstacle à la découverte n'est pas l'ignorance mais l'illusion de savoir"
    À méditer en ces temps où l'information n'est plus aussi indépendante ....et prend des raccourcis mercantiles.

  • bernard d 07/04/2018

    Merci Vincent. La meilleure réponse en ce qui concernait la corrélation vaccination/autisme eut été d'entamer une véritable étude scientifique de grande ampleur pour expliquer la recrudescence des cas cas d'autisme dans le monde occidental, mais cette étude nous l'attendons toujours et nous l'attendrons longtemps. A moins de considérer que le fait qu'il existe de plus en plus de cas d'autisme soit aussi pour vous une "fake news". Et il n'est pas très glorieux de votre part de vous faire les relais de l'emploi dans la langue française de ces anglicismes argotiques. Un conseil : cessez de nous donner des leçons de bonne conduite, nous ne sommes plus des enfants, nous avons un sens critique suffisamment développé, nous sommes assez grands pour déterminer si une information est suffisamment étayée ou pas et nous sommes encore en démocratie pour quelques temps ce qui nous permet d'avoir nos propres opinions et pas forcément ceux d'assureurs qui ne sont pas au contact quotidiens des enfants malades.
    Merci de nous laisser un peu de libre arbitre

  • Philippe M 07/04/2018

    Très déçu qu’une institution respectable comme la Macsf participe tel un vulgaire média officiel à la rhétorique sur les fake news
    Parlez nous plutôt de mensonge , de bobard , ou éventuellement d’etude biaisée
    Et comparez le nombre de morts causées par certains médicaments et ceux dûs aux mensonges

  • Vincent l 07/04/2018

    se méfier aussi des informations officielles !!!
    et aussi en matière de santé , ex : cholestérol et statines...

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