La HAS dégage 15 points clés pour une meilleure collaboration chirurgiens-anesthésistes

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La HAS dégage 15 points clés pour une meilleure collaboration chirurgiens-anesthésistes

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Retrouvez les 15 points clés définis par la HAS pour une meilleure collaboration entre chirurgiens et anesthésistes. L'objectif : améliorer la qualité et la sécurité des soins au bloc opératoire.

  • Médecin spécialiste
Auteur : Stéphanie TAMBURINI, Juriste / MAJ : 16/05/2019

L'objectif de la HAS

Plusieurs études[1] révèlent l’incidence dans les événements indésirables associés aux soins en chirurgie d’une mauvaise articulation dans les rôles respectifs du chirurgien et de l’anesthésiste. Peu de recommandations existent en ce domaine, exceptées les recommandations concernant les relations anesthésistes/chirurgiens établies par le Conseil national de l’Ordre des médecins, anciennes puisque datant de 2001.

En novembre 2015, la HAS a donc entrepris de dégager 15 points clés pour permettre aux praticiens de faire un diagnostic de leur situation et de créer des « barrières de sécurité » supplémentaires. L’objectif est de mieux définir les rôles de chacun et améliorer ainsi la qualité et la sécurité des soins.

 [1] Analyse des EIAS déclarés par les adhérents entre 2012 et 2014 par la Fédération de chirurgie viscérale et digestive (FCVD) en 2014.
Analyse réalisée sur les EIAS déclarés en 2013 et 2014.

1. Un dossier accessible

Un dossier médical pas ou insuffisamment renseigné est un obstacle à une prise en charge efficace par l’ensemble de l’équipe. Il doit donc être correctement complété, et surtout accessible à tout moment par chaque professionnel amené à prendre en charge le patient.

2. Une consultation préopératoire dans chaque spécialité

La HAS rappelle l’importance d’organiser deux visites préopératoires, complémentaires l’une de l’autre, dans chacune des spécialités, pour toute intervention programmée.

3. Un dossier complété de façon précise

La HAS insiste sur l’importance, pour chacun des acteurs, de renseigner précisément le dossier.

Le chirurgien doit veiller à noter tous les éléments importants concernant l’intervention projetée, mais aussi la nature et l’étendue de l’information qu’il a donnée au patient. Réciproquement, l’anesthésiste doit indiquer les éléments importants dans sa spécialité, et en particulier la technique anesthésique envisagée.

L’un comme l’autre doivent préciser et justifier la nécessité de réaliser tel ou tel examen complémentaire, ou d’envisager un suivi postopératoire en réanimation, par exemple. Ainsi, dès le départ, il existe une visibilité et une vision partagée sur l’orientation du patient après l’intervention.

4. Une décision d’opérabilité partagée

Cette décision est prise, en principe, à l’issue des deux consultations dans chacune des spécialités. Mais la HAS insiste sur le fait qu’en cas de situation à risque ou complexe, il est indispensable que chirurgien et anesthésiste se concertent directement.

5. Un programme opératoire établi conjointement

La programmation opératoire est du ressort du chirurgien, de l’anesthésiste et du responsable de l’organisation du secteur opératoire. Elle doit, notamment, tenir compte des possibilités d’accueil en surveillance post interventionnelle.

Elle doit être établie de façon hebdomadaire et adressée à l’ensemble des acteurs concernés.

6. Une gestion efficace des modifications de programme

Les modalités de changement dans le programme opératoire, dû par exemple à une urgence ou à un rajout de patient non programmé, doivent être précisées et comporter des critères de priorisation des urgences.

7. Une gestion claire des traitements personnels des patients hospitalisés

La continuité des traitements personnels doit être organisée, notamment en indiquant quel est le médecin qui en est responsable.

8. Une identification claire de l’anesthésiste et du chirurgien qui assurent le suivi postopératoire

Trop de complications surviennent du fait d’une mauvaise coordination de l’équipe médico-chirurgicale et de l’ignorance du rôle de chacun, surtout pendant les temps « délicats » que sont les week-ends, les nuits, etc.

L’identité du praticien qui assure, dans chaque spécialité, le suivi postopératoire de tel ou tel patient doit être clairement définie et connue de tous.

9. Une check-list renseignée conjointement

La présence du chirurgien et de l’anesthésiste est indispensable lors des temps 2 et 3 de la check-list. Tous les éléments relatifs à la prise en charge postopératoires doivent être définis par les deux praticiens.

10. Des procédures et protocoles qui clarifient le rôle de chacun

Il est indispensable que les rôles de chacun soient bien définis, et surtout qu’ils soient connus de tous afin d’éviter toute perte d’information ou toute méprise de la part du personnel soignant.

Ecrits et tracés dans le dossier, les protocoles et procédures visent la totalité de la prise en charge, et notamment la prise en charge médicamenteuse.

11. Une organisation cohérente de la sortie du patient

La sortie du patient se doit d’être organisée, afin d’éviter tout flottement dans la prise de décision et tout caractère prématuré.

12. Une répartition des rôles dans l’annonce d’un événement indésirable associé aux soins

S’il survient un événement indésirable lié aux soins, chirurgien et anesthésiste doivent se concerter afin de désigner la personne la plus appropriée pour en réaliser l’annonce au patient.

13. Une analyse partagée des événements indésirables associés aux soins

Il est rappelé l’importance de procéder à une analyse des événements indésirables associés aux soins afin de dégager des voies d’amélioration. Cette analyse passe notamment par l’organisation de revues de morbi mortalité.

14. Une participation aux conseils de bloc

En facilitant l’organisation du secteur opératoire, le conseil de bloc permet d’anticiper et de résoudre les dysfonctionnements liés à l’utilisation du bloc.

15. Une charte de fonctionnement pour le bloc opératoire

C’est un élément clé pour réduire les risques. Tous les points évoqués précédemment doivent être repris dans ce document, insuffisamment utilisé aujourd’hui, afin de bien encadrer les pratiques au bloc.

Outre ces points-clé, la charte doit aussi servir à anticiper et organiser les absences ou indisponibilités des praticiens impliqués dans le fonctionnement du bloc.

La charte doit être validée par la CME et le directeur de l’établissement.

2 Commentaires
  • Jacques L 23/06/2016

    Cher collègue anesthesiste,
    Cette complainte , voire plainte du médecin anesthesiste est un grand classique et je pourrai vous servir la complainte "cliché" des chirurgiens à l'encontre des médecins anesthesites...
    Cela relève de la généralisation des idées qui est un racket émotionnel...;
    Les jugements que l'on nourrit à l'égard des autres sont souvent des projections ( comme projectiles , ou le fameux Tu qui tue de Jacques Salomé )
    Je vous invite à la lecture du livre de Jean Monbourquette " Apprivoiser son Ombre... ou apprendre la partie mal aimée de Soi "
    Nos vocations de soignants méritent d'être interrogées. Pourquoi avons nous consacrer nos vies professionnelles à nous occuper de personnes mal, voire trés mal en point ?? Qu'en est-il de votre propre personne ? Un autre livre de ce trés lisible Jean Monbourquette porte le trés beau nom " Le Guerisseur blessé "
    Trés confraternellement.
    JL Orthopediste en cumul emploi retraite

  • stephan q 14/03/2016

    Les ordonnances de décembre 1994 (il y a donc 22 ans ) , établies à l'époque à la demande des anesthésistes, avaient déjà la prétention de régler l'organisation du bloc. Nous, anesthésistes, fondions un grand espoir de voir enfin une loi limitant les pratiques très personnelles et déviantes de la toute puissance de certains chirurgiens qui allaient bien souvent à l'encontre de la sécurité du malade. Un exemple flagrant:
    la soi-disant règle des" 48 heures" de délai entre la consultation d'anesthésie et l'acte opératoire, que l'on continue d'entendre quotidiennement dans les blocs est un coup de passe passe. La loi ci dessus visée parle de" plusieurs jours" avant l'acte opératoire, pour plusieurs raisons évidentes: d'une part le temps de préparer les patients, car à cette époque l'arsenal anesthésique n'était pas celui d'aujourd'hui, et il était souvent nécessaire de stabiliser les plus fragiles . D'autre part, le législateur voulait permettre à ces patients de prendre le temps de consulter d'autres intervenants .
    Or, les chirurgiens, qui jusqu'alors décidaient de leur propre chef d'opérer le plus rapidement possible, ne l'entendaient pas de cette oreille. Ils se sont donc réunis pour réfléchir au terme de plusieurs jours. Il en est sorti que deux jours correspondaient à plusieurs jours. Et pour enfoncer le clou, deux jours c'est 48 heures. Pas une de plus. Rien de légal, mais dérive quotidienne, toujours en pratique. Encore de nouvelles directives, mille feuille administratif très français qui ne changera pas profondément ces relations, tant que les chirurgiens seront droits dans leurs bottes sur un confortable piédestal . Ils ont la nostalgie du Mandarinat.
    Les relations Anesthésistes/Chirurgiens ont toujours eu un petit gout Seigneur- serf, voire Sado-Mazo, sans doute héritées d'une époque pas si lointaine où celle (rarement celui) qui pratiquait le geste d'anesthésie était sous la responsabilité directe du chirurgien.
    Je suis maintenant retraité et effectue des vacations dans toute la France; ce schéma est hélas toujours bien là, et je n'ai pas vu de réelle Evolution.
    Pour conclure, une note d'optimisme. Il existe, oui j'en ai connu, des super chirurgiens. Compétents, calmes, respectueux des patients et des soignants. Humains.
    Finalement, ils sont juste normaux.
    Je m'attend à recevoir en tant que droit de réponse des noms d'oiseaux ; même pas mal, j'ai l'habitude. Moi non plus, je ne suis pas parfait. Pardon Seigneur.

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