Automédication : des risques sur le plan médico-légal aussi…

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  • médicaments automédication

Aujourd’hui 80 % des Français pratiqueraient l’automédication. Mais quels sont les risques liés à cette pratique ? Illustration à partir d’un cas réel.

  • Pharmacien
  • Médecin généraliste et urgentiste
  • Médecin spécialiste
Auteur : Dr Carole GERSON, médecin-conseil / MAJ : 06/07/2017

Les faits

Une femme de 57 ans qui s’était vue prescrire des anti-inflammatoires pour un lumbago en août, décidait d’elle-même, en décembre, de reprendre quelques comprimés restés dans sa pharmacie pour enrayer un syndrome grippal débutant… Dès le lendemain, elle se plaignait d’une gingivostomatite et quelques heures plus tard une éruption fébrile nécrotique apparaissait.

Ne se sentant vraiment pas bien, elle se faisait hospitaliser au CH voisin où le bilan biologique d’entrée mettait en évidence un syndrome inflammatoire majeur avec cytolyse hépatique. Du fait d’une gêne oculaire progressive, elle bénéficiait d’un bilan OPH montrant une kératite à fausses membranes. Un décollement cutané de la plante des pieds et des mains apparaissait ensuite, suivi d’une importante dégradation de son état général. Les praticiens du centre hospitalier la transféraient en dermatologie au CHU où le diagnostic de syndrome de Stevens Johnson et son imputabilité à la prise de l’AINS étaient confirmés. 

Si l’évolution était relativement favorable sur le plan général autorisant le retour à domicile de la patiente début février, tel n’était pas le cas sur le plan ophtalmologique, son acuité visuelle n’étant plus que de 4/10 à droite et 1/20ième à gauche. Patiente qui en plus de souffrir d’une photophobie majeure avec larmoiement réflexe lui imposant le port de lunettes noires, avait perdu totalement ses cils et présentait un œdème palpébral bilatéral et permanent. Ce à quoi s’ajoutaient d’importantes douleurs neuropathiques de la plante des pieds, douleurs nécessitant la prise d’antalgiques puissants et limitant considérablement ses déplacements.

Rencontrant de très importantes difficultés financières du fait de la perte de son emploi, la patiente divorcée avait dû déménager pour une location moins chère et se faisait aider dans son quotidien par sa fille, ses 900 euros de revenu mensuel ne lui permettant pas de s’offrir les services d’une aide à domicile ni même les gouttes oculaires nécessaires mais non intégralement remboursés par la sécurité sociale…

La patiente décidera alors de mettre en cause devant la CCI son médecin traitant ainsi que le laboratoire fabricant de l’AINS.

L’expertise

Deux experts, l’un pharmacologue et l’autre OPH seront nommés.  Ils écarteront toute faute du médecin traitant dont la prescription en août était parfaitement justifiée relevant que la prise de l’AINS litigieuse correspondait à une automédication ne pouvant en rien relever de sa responsabilité.  Ils écarteront également celle du laboratoire, le risque de syndrome de Stevens

Johnson étant clairement mentionné dans la RCP et indiqué dans la notice du médicament. Mais sans doute émus par la situation difficile que rencontrait la patiente, les experts concluront à un aléa thérapeutique, l’évaluation des préjudices permettant largement d’espérer une prise en charge par l’ONIAM ….Pour autant, la CCI se révèlera beaucoup moins compassionnelle rejetant la demande de la patiente en jugeant que « l’automédication relevait de la seule responsabilité du preneur », rappelant au passage que « l’accident médical au sens de l’article L ; 1142-1 II du code sus visé et indemnisable au titre de la solidarité nationale impose qu’il soit directement imputable à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins ce qui n’est pas le cas en l’espèce »…

Une automédication « responsable » ?

Cet exemple illustre s’il en était besoin un des dangers de l’automédication qui expose celui qui y recourt à au moins deux risques. Premier risque même si non spécifique : la prise d’un seul comprimé d’un médicament présent dans de nombreuses pharmacies familiales qui dans le cas présent avait pourtant déjà été prescrit et toléré sans problème a occasionné un effet indésirable aussi grave qu’exceptionnel laissant à la victime des séquelles graves à vie. Deuxième risque et non des moindres : le recours à l’automédication, hors prescription et donc sans consultation médicale préalable, prive définitivement la victime en cas d’effet indésirable (même grave) de tout espoir de réparation financière de ses préjudices…

Pour autant, l’automédication dite « responsable » a ses défenseurs en France comme dans nombreux autres pays. Début 2017, l’Afipa*, présentait début janvier 2017 le « selfcare » comme « la solution de santé de premier recours pour de nombreux Français » rappelant que 80% d’entre eux la pratiquerait, et interpellait même les candidats à l’élection pour une prise en compte du « selfcare » dans les programmes politiques. Faisant aussi le constat que « le selfcare représente 10,7% du chiffre d’affaire des officines et contribue pour 25% à leur croissance »…, l’Afipa propose dans son manifeste d’accorder notamment un rôle plus important au pharmacien d’officine afin que « les français soient encore plus responsables et informés dans leur démarche d’automédication ».

La question se pose donc de savoir si les mêmes pharmaciens auront ou non en charge d’expliquer aux patients non seulement l’ensemble des effets indésirables possibles, fussent-ils exceptionnels, des médicaments conseillés et s’ils devront en plus leur rappeler l’absence de possibilité de recours en cas de problèmes…


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