Conversion d’une rachianesthésie en anesthésie générale : attention à la traçabilité !

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Conversion d’une rachianesthésie en anesthésie générale : attention à la traçabilité !

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  • Arthroscopie sous anesthésie

En anesthésie comme dans tant d’autres domaines, une bonne traçabilité est essentielle. L’absence de transmissions écrites suffisamment précises après une anesthésie  peut déboucher sur des complications pour les patients, et sur des condamnations pour les anesthésistes ! C’est ce que nous enseigne un jugement du tribunal de grande instance d’Aix en Provence du 28 novembre 2016. 

  • Médecin spécialiste
Auteur : Stéphanie TAMBURINI, Juriste / MAJ : 16/05/2019

Une rachianesthésie convertie en anesthésie générale

Un patient subit une arthroscopie avec nettoyage articulaire et résection de la rupture du ligament croisé antérieur dans une clinique. L'intervention débute sous rachianesthésie. En raison d’un échec partiel de cette rachianesthésie, l’anesthésiste est contraint de la convertir en anesthésie générale.

A la fin de l’intervention, le patient est placé en salle de surveillance post-interventionnelle (SSPI). Seule la mention de l’anesthésie générale figurant sur les documents médicaux, l’infirmière se focalise sur la régression des effets de cette anesthésie, sans prêter attention aux effets de la rachianesthésie, qu’elle ignore.

Avant sa sortie, le patient présente une rétention d’urine, traitée par sondage qui ramène 1,6 litre d’urine. Dans les suites, le patient présente des troubles urologiques à type de dysurie et troubles de la miction.

Une absence de communication lourde de conséquences

La rétention d'urine fait partie des complications classiques de la rachianesthésie. Elle peut être traitée dès son apparition, lors de la surveillance de la régression de la rachianesthésie.

Mais dans cette affaire, seule l’anesthésie générale a été mentionnée sur la feuille de transmission, sans que l’on sache s’il s’agit d’un oubli de l’anesthésiste ou d’une absence de transcription par l’infirmière de SSPI. De ce fait, il n'y a pas eu de prescription de soins, de critères de surveillance ni encore d'informations relatives à la levée de la rachianesthésie.

La surveillance s’est limitée aux seuls effets de l’anesthésie générale, qui a de surcroît masqué la douleur qui aurait dû être un signe d’alerte. Le patient ne percevant pas la sensibilité au niveau du petit bassin, la rétention a conduit à une distension de la vessie induisant des lésions mécaniques liées à l'étirement des fibres musculaires et nerveuses, responsable de sa paralysie vésicale.

Cette absence de surveillance s’est prolongée après la sortie de SSPI, jusqu’en hospitalisation.

La Cour retient la responsabilité de l’anesthésiste et de la clinique

Les juges considèrent que l’anesthésiste aurait dû se préoccuper de la bonne transmission aux équipes de surveillance et de soins d'une information complète concernant l'anesthésie qu'il a pratiquée.

L’absence de prescriptions pour la surveillance de la levée de la rachianesthésie, en particulier s'agissant du contrôle de la sensibilité, de la motricité des membres inférieurs et de la diurèse lors du transfert du patient en SSPI et en service de soins, engage sa responsabilité.

Quant à la clinique, sa responsabilité est retenue au titre des actes réalisés par l’infirmière de SSPI. Les juges considèrent que malgré l’absence de communication sur la rachianesthésie, l’infirmière n’aurait pas dû se limiter à la surveillance du pouls, de la tension, de l'état de conscience et de la respiration, mais aurait dû également veiller, selon les critères habituels, à la surveillance urinaire qui permet d’explorer la mobilité des membres.

Les juges estiment également que le retrait de la sonde urinaire est intervenu prématurément compte tenu des risques de pénétration microbienne.

L’importance d’une bonne traçabilité

Cette affaire démontre toute l’importance d’une bonne traçabilité en anesthésie.

Comme le rappellent les recommandations des sociétés savantes, l’admission en salle de réveil se fait sur transmission verbale et écrite qui doit porter sur l'anesthésie et l'acte effectués ainsi que sur la surveillance et les soins particuliers à assurer.

Toute erreur ou omission dans ces transmissions peut être lourde de conséquences, comme l’illustre cette affaire.

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