Chirurgie ambulatoire : quelles sont les réclamations des patients ?

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Chirurgie ambulatoire : quelles sont les réclamations des patients ?

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  • chirurgie ambulatoire, réclamations

L’objectif annoncé des Tutelles était d’étendre la pratique de la chirurgie ambulatoire à 70% des actes en 2022.

L’Association Française de chirurgie ambulatoire (AFCA) publiait récemment le chiffre de 2017 : 55,9%, avec une inflexion de la courbe de progression, comme s’il existait des freins implicites à l’extension de ce mode de pratique.

Sans préjuger des nombreux facteurs susceptibles d’expliquer ce fléchissement, nous avons, à la MACSF, repris les dossiers de réclamations concernant la chirurgie ambulatoire ce qui permet d’avoir un éclairage particulier et par là, peut-être, de prévenir les risques qui apparaissent sans doute encore comme le frein principal au développement de cette pratique.

  • Médecin généraliste et urgentiste
  • Etablissement de santé
  • Interne
  • Infirmier
  • Médecin spécialiste
Auteur : Dr Jean-Edouard CLOTTEAU, Chirurgien-conseil / MAJ : 06/02/2019

Un séjour en chirurgie ambulatoire prolongé

Un certain nombre de réclamations concerne les patients insatisfaits d’avoir dû rester au-delà des 24 heures annoncées dans le cadre de la chirurgie ambulatoire.

Il s’agit là, de dossiers dans lesquels le malade initialement prévu en ambulatoire est resté une nuit ou plus à l’hôpital, en raison soit d’une complication survenue soit lors de l’acte chirurgical, soit d’un signe d’alerte dépisté lors de la phase de mise à la rue.

Ces complications ne sont pas propres à l’ambulatoire, mais à l’acte chirurgical lui-même qui – soulignons-le – n’est pas différent de celui qui était ou aurait été réalisé en hospitalisation traditionnelle.

Il s’agit donc de « complications » survenues pendant l’intervention ou avant la sortie, l’ambulatoire n’ayant aucune incidence sur leur apparition.

Des complications qui surviennent après le retour du patient à son domicile

Plus intéressantes sont par contre les complications survenues après le départ du patient de la structure d’hospitalisation.

Elles vont être à l’origine de réclamations au motif qu’elles auraient dû être dépistées avant la sortie ou qu’elles témoignent, dans l’esprit du plaignant, d’une indication inappropriée.

Chirurgie ambulatoire : un délai de prise en charge des complications post-opératoires plus long

Le risque post-opératoire n’est pas nouveau et tout malade opéré peut se compliquer.

Ce qui est nouveau avec la chirurgie ambulatoire c’est que le dépistage des premiers signes d’alarme est délégué au patient ou à son entourage, alors même que l’état du patient, toujours stressé et parfois incapable de réagir (coma, malaise grave) ou celui de l’accompagnant, ignorant de la chose médicale, les rendent incapables de réagir en professionnel.

Il ne faut pas oublier que la justification première des hospitalisations prolongées d’autrefois, était de dépister le plus tôt possible, immédiatement souvent, la complication en train de poindre, pour la traiter aussitôt.

Avec l’ambulatoire, il y a toujours un délai, lié bien sûr à l’éloignement du patient, mais surtout à la délégation de tâches, délai qui est souvent préjudiciable.

Ces complications vont imposer le retour dans la structure d’origine, soit pour ré-intervention (dans 97% des cas), soit pour prise en charge médicale de la complication : le délai moyen d’apparition des signes d’alarmes se situe au 5ème jour, avec des extrêmes à 8 jours.

Les complications les plus graves surviennent dans les 48 premières heures après la pratique de la chirurgie ambulatoire : deux décès sont survenus après une cure de hernie, l’un en raison d’une hémorragie, l’autre d’une perforation digestive. Décès qui ne seraient probablement pas survenus si le patient avait été surveillé par des professionnels.

En résumé : comment éviter les réclamations ?

Ces accidents ne doivent pas remettre en cause la pratique de l’ambulatoire, mais doivent nous interpeller sur les précautions à prendre dès que le pronostic vital ou fonctionnel peut être mis en cause à très court terme, c’est-à-dire chaque fois qu’il existe un risque :

  • hémorragique grave,
  • septique majeur,
  • de compression nerveuse ou trachéale,
  • embolique.

Au-delà de l’appel du lendemain, (dont on peut s’interroger du réel intérêt), il faudrait sans doute appeler les patients tous les jours, tant que le risque de la complication existe, soit s’assurer de la réelle compétence de l’accompagnant, en délivrant par exemple un « passeport de l’accompagnant » à l’issue d’un véritable interrogatoire-consultation, susceptible d’apprécier ses capacités et de lui apprendre les signes d’alerte qu’il devra dépister et propres à chaque intervention particulière.

Au total, la période critique de la chirurgie ambulatoire se situe donc après la sortie, à un moment où toute surveillance médicale rapprochée a disparu.

1 Commentaire
  • michel l 07/05/2019

    Au début des années 90 j'étais président de la CME de ma clinique dans le 93 et j'avais rédigé le règlement intérieur de la chirurgie ambulatoire (que l'on m'a beaucoup emprunté) . Une bonne idée au départ : l'appel du lendemain ! ... Elle a très vite été abandonnée devant des réactions du genre "Pourquoi m'appelez vous ? Cela aurait pu mal se passer ? Il ne fallait pas appeler, personne ne savait ".De toute façon vu le type de chirurgie à l'époque, très loin de ce qui se pratique aujourd'hui, une complication aurait été plus précoce.

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