Une chute évitable en cabinet de radiologie

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Une chute évitable en cabinet de radiologie

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Une « simple » chute lors de la réalisation d’un examen radiologique peut avoir de lourdes conséquences. Ces chutes peuvent parfois être évitées en faisant preuve de vigilance et en s’adaptant aux circonstances propres à chaque patient. C’est ce que nous rappelle un arrêt de la cour d’appel de Bordeaux du 2 novembre 2016.

  • Médecin spécialiste
Auteur : Stéphanie TAMBURINI, juriste / MAJ : 16/05/2019

Une chute aux graves conséquences

Un homme de 61 ans présente un épisode fébrile à la suite d’une séance de dialyse au sein d’un hôpital privé. Dans la foulée de la séance, il lui est prescrit une échographie abdominale et des radiographies pulmonaires et de l'abdomen.

Le patient est donc conduit, en fauteuil roulant, dans les locaux occupés par la SELARL d’imagerie située au sein de l'Hôpital privé, mais constituant une entité juridique distincte et qui emploie son propre personnel.

Lors de la réalisation de la radiographie thoracique, effectuée en position debout, le patient est pris d'un malaise et fait une chute en arrière. Après avoir été rapidement examiné par le radiologue, il est transporté en brancard dans le service de dialyse pour surveillance. Il est autorisé à rentrer à domicile quelques heures plus tard.

Il présentera ensuite un état confusionnel et le scanner cérébral, pratiqué en urgence, révèlera des hémorragies intracérébrales importantes.
Le patient conserve des séquelles de ce traumatisme crânien.

Un manque de vigilance pour éviter la chute

La cour rappelle que la nature de l'obligation du médecin radiologue à l'égard de ses patients dans l'accomplissement de l'examen radiographique lui-même relève d'une obligation de moyens.

La responsabilité de la SELARL d’imagerie doit, en l’occurrence, être retenue en tant qu’employeur du manipulateur radio et du radiologue, en raison d’un manque de précautions pour éviter la chute, qui pouvait être redoutée, pour plusieurs raisons :

  • Le patient présentait un état général déficient polypathologique puisqu’il avait eu, quelques mois plus tôt, un AVC ischémique cérébelleux et avait présenté des vertiges.
  • Il présentait juste après sa dialyse un état fébrile qui avait justifié la prescription des examens au sein du service d'imagerie.
  • Il était arrivé au sein du centre en fauteuil roulant, ce qui révélait des difficultés pour se déplacer et se tenir debout.

Les juges pointent également une mauvaise prise en charge des conséquences de la chute : le patient a été renvoyé en service de néphrologie après un examen sommaire par le radiologue, sans consigne particulière à l’intention des médecins néphrologues, alors pourtant qu’il avait brièvement perdu connaissance et présentait une bosse à l’arrière de la tête.

Des enseignements à tirer

Lors de la réalisation de radiographies, une chute est toujours possible, soit du fait d’un malaise, soit en raison de la position à prendre pour la prise des clichés. Elle peut souvent être prévenue ou atténuée par quelques mesures qui relèvent du bon sens :

  • Tenir compte de l’âge du patient : la vigilance est de mise avec une personne âgée qui peut facilement perdre l’équilibre ou, au contraire, un jeune enfant qui peut avoir un comportement imprévisible.
  • Tenir compte des antécédents et des éventuelles pathologies du patient qui peuvent affecter sa mobilité ou provoquer des vertiges.
  • Lorsqu’il a été identifié que l’état du patient demande une vigilance particulière, veiller à ne s’en éloigner que le temps nécessaire à la réalisation technique des clichés. Dans l’affaire commentée, le manipulateur radio se tenait suffisamment près du patient pour le soutenir et amortir sa chute. Cela n’a malheureusement pas évité le traumatisme crânien dans ce cas particulier, mais la violence du choc en a, sans doute, été atténuée.

  • Si une chute s’est produite, malgré toutes les précautions prises, s’assurer de pratiquer un examen médical et de dispenser les soins nécessaires. Ceci d’autant plus que les juges auront tendance à être plus sévères à l’égard de radiologues qui disposent immédiatement, et sur place, des moyens d’investigation adaptés. Dans l’affaire commentée, les juges ont justement reproché au cabinet de radiologie de ne pas avoir réalisé des clichés dans les suites de la chute.

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