Le tatouage dentaire : une nouvelle tendance qui doit rimer avec prudence

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Le tatouage dentaire : une nouvelle tendance qui doit rimer avec prudence

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  • Tatouage dentaire

Le tatouage dentaire est une mode venue des Etats-Unis et d’Asie, encore peu répandue en France. Pour les personnes qui y ont recours, il s’agit de se singulariser, de rechercher un certain esthétisme, en arborant sur une dent un symbole, une fleur, un animal ou encore, plus anecdotique, le visage d’une personne célèbre.

Le chirurgien-dentiste peut alors se voir sollicité pour concourir à la réalisation du tatouage. Il devra se montrer prudent car, comme pour les bijoux dentaires, une telle pratique n’a aucune finalité thérapeutique.

  • Chirurgien-dentiste
Auteur : Aline TESSIER, Juriste et Patrick MARCHAND, Chirurgien-dentiste conseil / MAJ : 14/01/2019

En quoi consiste cette pratique ?

Le tatouage dentaire ne correspond pas en réalité à la définition stricte du tatouage : « marque, inscription, dessin indélébiles pratiqués sur la peau à l’aide de piqûres, de colorants » (Définition Larousse).

C’est, en effet, un abus de langage car les tatouages dentaires sont, soit dessinés sur les couronnes prothétiques, soit collés ou dessinés sur l’émail. On en distingue donc deux grandes catégories :

  • tout d’abord, celle des tatouages dits temporaires qui ont une durée de vie de quelques semaines à quelques mois. Ils sont collés sur la dent à l’aide d’un adhésif dentaire. Il peut s’agir de décalcomanies comme de dessins réalisés par un laboratoire après prise de l’empreinte dentaire. Ils ont une épaisseur de 0,2 à 0,4 mm. Ils peuvent être également peints. Ils sont alors réalisés par un spécialiste qui, à l’aide d’une peinture spéciale, réalise le dessin choisi par le client; 
  • les tatouages dits définitifs nécessitent la fabrication d’une couronne prothétique. C’est ainsi au niveau du laboratoire de prothèses que le dessin est conçu. Il est fait directement sur la surface de la céramique à l’aide de maquillants intensifs (Stains).

Dans quelle mesure les chirurgiens-dentistes peuvent-ils être sollicités ?

En cas de tatouage peint, le chirurgien-dentiste n’intervient pas car toute l’opération se réalise auprès d’un spécialiste, professionnel du tatouage.

Le recours à un chirurgien-dentiste est davantage possible en cas de tatouage collé lorsqu’il ne s’agit pas d’une décalcomanie qui peut s’acheter dans le commerce. En effet, lorsque le demandeur cherche un tatouage personnalisé, adapté à la taille et à la morphologie de sa dent, il pourra se tourner vers un chirurgien-dentiste pour la réalisation d’une empreinte dentaire qui sera adressée au laboratoire qui fabriquera le tatouage. Ensuite, le professionnel de santé pourra être sollicité pour effectuer la pose du tatouage, à l’aide d’un adhésif dentaire.

Quant au tatouage définitif, l’intervention d’un chirurgien-dentiste est indispensable. En effet, c’est la pose ou le remplacement d’une couronne prothétique qui permettra d’y apposer le tatouage. Bien que le tatouage soit réalisé par un laboratoire de prothèses, c’est le chirurgien-dentiste qui effectue la prise d’empreinte et la pose.

Y-a-t-il des risques spécifiques ?

Pour les tatouages collés ou peints, bien que temporaires, certains risques sont à signaler : l’accumulation de plaque dentaire au niveau de la dent concernée, une possible lésion interne de la lèvre par frottement avec le tatouage, un émail abîmé au niveau du lieu de collage, la présence de résidus de colle sur la dent une fois le tatouage enlevé. Mais, à ce jour, aucun cas d’allergie en rapport avec le tatouage lui-même ne semble avoir été relevé.

Quant au tatouage définitif, ce sont les risques habituels liés à la pose d’une couronne prothétique qui demeurent.

Je suis chirurgien-dentiste, quel comportement adopter face à la demande d’un patient qui souhaite un tatouage dentaire ?

Cette nouvelle pratique, au même titre que la mode du piercing buccal ou du bijou dentaire, exige du professionnel de santé une grande prudence.

Ces pratiques, qui n’ont aucune vocation thérapeutique, ne doivent pas, bien entendu, être proposées par le chirurgien-dentiste lui-même à sa patientèle. Mais quel comportement adopter face à une demande d’un patient ?

Si le patient sollicite l’aide d’un praticien pour le collage d’un tatouage dentaire, le chirurgien-dentiste pourra refuser cette demande en raison de l’absence de finalités thérapeutiques. Il pourra, d’ailleurs, saisir l’occasion de ce souhait pour signaler les risques qu’un tel tatouage peut faire encourir, même s’il n’est que temporaire et non invasif.

En effet, rappelons que l’article L. 4141-1 du Code de la santé publique, s’agissant des conditions d’exercice de la profession de chirurgien-dentiste, dispose que : « La pratique de l'art dentaire comporte la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies congénitales ou acquises, réelles ou supposées, de la bouche, des dents, des maxillaires et des tissus attenants, dans le respect des modalités fixées par le code de déontologie de la profession […] ».

La situation est peut-être plus complexe en cas de souhait d’un tatouage définitif par un patient. En effet, à l’origine il y a un besoin thérapeutique avéré de réaliser une couronne prothétique ou de la remplacer. Le tatouage dentaire vient alors se surajouter aux soins. C’est le prothésiste dentaire, de plus, qui réalise le tatouage. Toutefois, le chirurgien-dentiste doit avoir conscience qu’accéder à une telle demande n’est pas sans risques :

  • Il n’est pas à l’abri, une fois la couronne posée, que le patient souhaite ultérieurement la suppression du tatouage. Dans ce cas, il sera dans l’obligation de déposer la couronne prothétique alors même qu’aucune nécessité médicale ne l’exigerait. Certes, la couronne n’aura pas nécessairement à être refaite, le tatouage pouvant être supprimé par abrasion de la surface et réalisation d’un nouveau glaçage, mais les suites possibles du descellement et la nouvelle pose seront néanmoins de l’entière responsabilité du praticien, alors même qu’il ne s’agit pas d’actes anodins. Et quid du coût de ces interventions ?
  • Dans l’hypothèse d’un dommage au niveau de la couronne prothétique (par exemple, bris cosmétique vestibulaire) indépendamment du moindre manquement technique du praticien qui a respecté l’ensemble de son obligation de moyens, le patient devra mettre en cause le laboratoire de prothèse, fabricant du dispositif sur mesure, soumis à une obligation de résultat, alors même que le praticien aurait accédé à une exigence non thérapeutique du patient, en validant la conception d’une couronne avec tatouage définitif. 

Conseil : si la réalisation d’une couronne prothétique n’est pas indiquée médicalement, il convient, pour le chirurgien-dentiste, de refuser catégoriquement de concevoir une restauration d’un tatouage définitif, cette pratique étant en-dehors de son exercice légal.

Pour ces motifs, la responsabilité civile professionnelle du praticien pourrait être recherchée. Mais serait-elle garantie ?

Serai-je couvert par mon assurance de Responsabilité Civile Professionnelle (RCP) pour cette pratique ?

Votre contrat de RCP vous couvre pour les dommages causés à des tiers du fait de l’exécution du contrat de soins. A ce titre, il faut que votre responsabilité soit recherchée pour un acte qui entre dans le cadre de l’exercice légal de votre profession de chirurgien-dentiste.

Or, les tatouages dentaires n’ont, en tant que tels, aucune finalité thérapeutique, et ne peuvent être considérés comme des actes esthétiques recevables au titre d’une amélioration de l’aspect, comme par exemple, le comblement de rides à des fins thérapeutiques via des injections d’acide hyaluronique. Dans ce cadre, vous ne seriez pas couvert par votre contrat de RCP en cas de réclamation au titre de dommages subis par le patient du fait d’un tatouage dentaire.  

En conclusion, le tatouage ne peut être considéré comme une nouvelle facette de l’art dentaire…

Pour plus de détails techniques sur cette pratique, lire l’article « Le tatouage dentaire, une nouvelle mode ? », paru dans l’Information dentaire n° 35 du 14 octobre 2015


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