La télémédecine en dix questions

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La télémédecine en dix questions

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Si l’idée de pratiquer la médecine « à distance » n’est pas nouvelle, ce n’est qu’avec la loi HPST de 20091 que la télémédecine a reçu un encadrement juridique clair. Néanmoins, il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver dans les différentes catégories de télémédecine définies par les textes.

  • Médecin généraliste et urgentiste
  • Etablissement de santé
  • Médecin spécialiste

Sommaire

Auteur : Stéphanie TAMBURINI / MAJ : 09/03/2016

Introduction

La télémédecine désigne « les actes médicaux, réalisés à distance, au moyen d’un dispositif utilisant les technologies de l’information et de la communication »2. Les pratiques relevant de la télémédecine ont été détaillées dans un décret du 19 octobre 20103 : il s’agit de la téléconsultation, la téléexpertise, la télésurveillance médicale, la téléassistance médicale et la réponse médicale apportée dans le cadre de la régulation médicale.

Le cadre juridique de la télémédecine paraît donc clairement posé mais, tel M. Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, les médecins font parfois de la télémédecine sans en avoir pleinement conscience. Il est pourtant important de ne pas improviser dans ce domaine, car un projet de télémédecine implique des obligations particulières et engage la responsabilité du médecin.

Quelques cas concrets en sont l’illustration.

Un projet de télémédecine peut-il être développé en tous lieux du territoire et dans n’importe quel domaine ?

Tout projet de télémédecine doit s’inscrire dans un programme national défini par arrêté des ministres, ou dans l’un des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens ou l’un des contrats ayant pour objet d’améliorer la qualité et la coordination des soins, ou enfin dans un contrat particulier signé par le directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) et le professionnel de santé libéral ou, le cas échéant, tout organisme concourant à cette activité (art. R. 6316-6 CSP).

En effet, la télémédecine doit répondre à un besoin territorial et contribuer à un meilleur accès ou une meilleure continuité des soins. Elle n’a pas vocation à se développer si elle n’apporte pas de bénéfice particulier sur ces aspects, ou si elle est envisagée dans un secteur où l’offre de soins est déjà suffisante.

Il appartiendra à l’ARS et au Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) – à travers l’avis ordinal sur le contrat de télémédecine – de juger de l’opportunité de développer ce projet.

Je suis sollicité par des confrères pour donner un avis spécialisé à partir de radiographies transmises par courriel, parfois par smartphone, hors de tout contexte d’urgence. Quels sont les risques d’une telle pratique ?

Cette pratique relève de la téléexpertise, qui a pour objet de permettre à un professionnel médical de solliciter à distance l’avis d’un ou de plusieurs professionnels médicaux en raison de leurs formations ou de leurs compétences particulières, sur la base des informations médicales liées à la prise en charge d’un patient.

Le médecin sollicité pour donner un avis engage pleinement sa responsabilité dans le diagnostic qu’il pose ou par les préconisations qu’il formule, même s’il est à distance et hors la présence du patient. Il doit donc particulièrement veiller à la qualité des informations qui lui sont transmises par son confrère pour éviter toute erreur d’interprétation ou de diagnostic. A cet égard, l’usage d’un smartphone semble risqué.

Si le médecin estime que les informations communiquées sont insuffisantes pour lui permettre de donner un avis fiable, il doit solliciter des précisions. A défaut, sa responsabilité pourrait se trouver engagée en cas d’erreur.

Le médecin demandeur peut engager sa responsabilité quant au choix et à la qualité des informations transmises à son confrère. Une fois l’avis expert rendu, il demeure responsable de l’exploitation de cet avis, et donc de ses décisions médicales.

Les échanges permettant l’envoi des éléments médicaux entre les praticiens doivent être sécurisés. Aussi, l’usage d’un smartphone ne permet ni de remplir les conditions de confidentialité requises, ni de garantir systématiquement une qualité d’image suffisante pour pouvoir poser un diagnostic fiable.

La téléexpertise étant réalisée hors la présence du patient, il n’est pas nécessaire de le recontacter pour recueillir son accord préalable, car cela pourrait engendrer un retard de prise en charge. Mais il doit en être au moins informé a posteriori, lors d’une consultation ultérieure, par le médecin qui a sollicité la téléexpertise.

Comment les obligations légales et déontologiques du professionnel de santé (secret médical, tenue du dossier, information du patient, etc.) se traduisent-elles dans le cadre de la télémédecine ?

La télémédecine est une modalité particulière d’exercice de la médecine, mais elle n’affranchit pas le médecin de ses obligations légales et déontologiques, qui sont les mêmes que pour la médecine pratiquée en présence du patient.

Elle implique notamment :

  • le recueil du consentement du patient (art. R. 6316-2 CSP), dans des conditions diverses (cf cas de la téléexpertise évoqué précédemment, où ce consentement peut être recueilli a posteriori) ;
  • la sécurisation des échanges pour respecter le secret médical : utilisation de la carte de professionnel de santé, chiffrement et archivage sécurisé des données, traçabilité des connexions, protection des données à caractère personnel via une déclaration ou une demande d’autorisation auprès de la CNIL ;
  • la traçabilité des actes et soins dans le dossier médical : chaque acte doit être réalisé dans des conditions garantissant l’authentification des professionnels de santé concernés, du patient, et l’accès des professionnels de santé aux données médicales nécessaires à la réalisation de l’acte. La date et l’heure de l’acte, ainsi que les éventuels incidents techniques survenus doivent être mentionnés (art. R. 6316-3 et R. 6316-4 CSP) ;
  • une garantie d’assurance spécifique pour le professionnel qui réalise un acte de télémédecine.

La télémédecine et l’assureur

La MACSF garantit les activités de télémédecine par le contrat Responsabilité Civile Professionnelle sans surprime. Mais cette modalité d’exercice doit faire l’objet d’une déclaration écrite afin qu’elle soit spécifiée dans le contrat.

L’activité de téléconseil doit également faire l’objet d’une déclaration et donne lieu pour sa part à une surprime.

Je suis neurologue hospitalier et j’exerce dans une zone sous-dotée en médecins spécialistes. Nous réfléchissons à mettre en place un système de télédiagnostic par visioconférence qui permettrait de poser des diagnostics d’AVC à distance.

Un confrère radiologue serait également sollicité pour assister le manipulateur radio dans l’imagerie de l’AVC. Comment une telle organisation s’analyse-t-elle juridiquement ?

En ce qui concerne le neurologue, cette pratique correspond à une téléconsultation, qui permet à un professionnel médical de donner une consultation à distance, un autre professionnel de santé pouvant éventuellement être présent aux côtés du patient.

Dans ce cas, la téléconsultation permet à un neurologue, avec l’aide d’un praticien sur place, d’examiner le patient, et de confirmer le diagnostic et l’indication du traitement.

Le professionnel consulté à distance ne peut être qu’un « professionnel médical », ce qui, dans les faits, limite cette fonction aux médecins, sages-femmes et chirurgiens-dentistes. En revanche, les professionnels présents sur place auprès du patient doivent être des professionnels de santé (avec une exception pour les psychologues, admis dans cette pratique, bien qu’ils ne soient pas des professionnels de santé au sens du code de la santé publique).

Le secret est partagé entre les professionnels qui participent à la téléconsultation, dans les mêmes conditions que s’ils se trouvaient physiquement aux côtés du patient pour l’examiner conjointement. Les conclusions de l’examen doivent être notées dans le dossier du patient. Ce dernier doit être informé de l’identité, de la qualification et du lieu d’exercice du médecin consulté à distance.

En ce qui concerne le radiologue, il s’agit plutôt d’un acte de téléassistance médicale, permettant à un professionnel médical d’assister à distance un autre professionnel de santé au cours de la réalisation d’un acte. Le radiologue guide le manipulateur radio afin de réaliser des examens en coupe de la meilleure incidence et de la meilleure qualité possibles. Là encore, il engage sa responsabilité dans les indications qu’il donne au professionnel qu’il guide.

L’un de mes patients a refusé la téléexpertise que je lui proposais. Que dois-je faire ?

Le recours à la télémédecine suppose le consentement du patient. S’il refuse, le praticien ne peut lui imposer cette pratique et doit l’orienter vers un spécialiste.

S’il en résulte une perte de chance pour le patient, le praticien ne pourra en être tenu responsable, dès lors qu’il aura bien informé le patient sur l’utilité du recours à la télémédecine, ainsi que des risques à renoncer à cette pratique.

Dans de telles circonstances, il est prudent de consigner les échanges sur cette question dans le dossier médical du patient, afin d’être en mesure d’apporter la preuve qu’il a bien été informé de la plus-value que pouvait apporter le recours à la téléexpertise, et qu’il y a renoncé en toute connaissance des conséquences possibles.

Je souhaite créer un site web d’information médicale portant sur la spécialité que j’exerce. Dois-je me soumettre aux obligations posées par le décret du 19 octobre 2010 relatif à la télémédecine ?

La création d’un site web d’information médicale impose l’utilisation des technologies de l’information et de la communication. Mais elle ne constitue pas, pour autant, un acte de télémédecine, car le but poursuivi est étranger aux objectifs assignés à la télémédecine, consistant, selon la loi HPST, à « établir un diagnostic, assurer, pour un patient à risque, un suivi à visée préventive ou un suivi post-thérapeutique, requérir un avis spécialisé, préparer une décision thérapeutique, prescrire des produits, prescrire ou réaliser des prestations ou des actes, ou effectuer une surveillance de l’état des patients ».

Le CHU dans lequel j’exerce envisage de recourir à des outils permettant d’enregistrer, en temps réel, les constantes de patients âgés habituellement suivis en HAD. Quelle pourrait être ma responsabilité dans l’interprétation des données ?

Cette pratique relève de la télésurveillance médicale, qui permet à un professionnel médical d’interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical d’un patient et, le cas échéant, de prendre des décisions relatives à la prise en charge de ce patient. L’enregistrement et la transmission des données peuvent être automatisés ou réalisés par le patient lui-même ou par un professionnel de santé.

Une telle pratique suppose que la transmission des indicateurs physiologiques recueillis soit sécurisée, puisqu’il s’agit de données personnelles.

Le praticien qui interprète les données et en tire des conséquences en termes de prise en charge ou de prescription engage sa responsabilité dans les mêmes conditions que s’il recueillait les données au cours d’une consultation. Là encore, il doit bien veiller à la qualité des éléments transmis, qui vont lui permettre d’adapter la prise en charge, surtout si les données sont enregistrées par le patient lui-même.

Enfin, il ne doit pas hésiter à préconiser une consultation médicale présentielle s’il l’estime nécessaire au vu des données recueillies, et à modifier les paramètres de surveillance s’il les juge inadaptés.

Au cours de ma consultation, je suis souvent contacté par téléphone par des patients qui me demandent des conseils en cas de symptômes bénins ou pour adapter la posologie d’une précédente prescription. Cette activité correspond-elle à de la télémédecine?

La télémédecine correspond à une activité réglementée, qui suppose que le projet s’inscrive dans un programme national ou dans un contrat visant à améliorer la qualité et la coordination des soins. C’est une pratique encadrée, qui fait intervenir des acteurs et des moyens spécifiques.

Tel n’est pas le cas du conseil téléphonique que le médecin délivre à un patient qu’il connaît, au cours de sa consultation. C’est un acte médical de suivi, qui engage la responsabilité du praticien, mais ne peut s’inscrire dans le cadre légal de la télémédecine.

On m’a proposé de devenir consultant médical sur un site Internet pour faire du « téléconseil personnalisé ». Le site en question indique qu’il ne s’agit pas de télémédecine. Est-ce exact ?

Ces sites proposent une mise en relation des internautes avec un professionnel de santé afin que celui-ci fournisse des informations, non générales mais personnalisées, généralement par téléphone, après interrogatoire du « patient ».

En dépit de la mention portée sur le site, et bien que cette activité ne figure pas, en tant que telle, dans les actes définis par le décret du 19 octobre 2010, le téléconseil personnalisé peut répondre aux critères de la télémédecine. Il règne donc un flou juridique sur l’encadrement de cette pratique, ce que déplore le CNOM, qui a sollicité les pouvoirs publics afin que cette pratique entre clairement dans le cadre de la télémédecine pour lever toute ambiguïté.

Il appelle également les praticiens à la plus grande vigilance en cas de participation à ce type d’activité, car ils engagent clairement leur responsabilité sur les « avis » donnés. Il encourage notamment à régulariser un contrat avec la plateforme de téléconseil et de le lui transmettre pour avis.

Je m’apprête à signer un contrat pour m’engager dans une pratique de télémédecine et constate qu’une clause exclut toute responsabilité d’un prestataire technique. Est-ce légal ?

Les prestataires techniques engagent leur responsabilité sur les prestations qu’ils fournissent et doivent garantir la fiabilité des moyens technologiques qu’ils mettent en œuvre. Ils ne peuvent, par avance, se dégager de leur responsabilité.

Il est important de définir clairement dans le contrat la nature des engagements de ce prestataire, et leurs conditions de réalisation (par exemple, si le prestataire a recours à des sous-traitants).

Ce tour d’horizon en dix questions est loin de refléter la pluralité des situations rencontrées en télémédecine. Cette activité est appelée à se développer et à se préciser à l’avenir, avec des outils technologiques de plus en plus sophistiqués, mais aussi, peut-être, une responsabilité accrue des professionnels médicaux qui y recourent.

Pour aller plus loin

  • Télémédecine – Plaies chroniques et complexes – Lancement d’une expérimentation dans neuf régions pilotes

La Direction générale de l’offre de soins (DGOS) a annoncé la mise en place de ce dispositif qui s’adresse à des patients « souffrant par exemple d’escarres, d’ulcères de la jambe ou de plaies du pied diabétique ».Concrètement, les patients pourront profiter soit d’une téléconsultation, soit d’une téléexpertise. La première sera réalisée depuis une structure médico-légale ou une structure d’exercice coordonné (maison ou centre de santé), alors connectée à une structure distante disposant d’une « ressource médicale experte ». La seconde correspond, quant à elle, à l’avis d’un spécialiste. Elle permet à un médecin non expert en plaies « de solliciter l’avis d’un confrère distant en raison de sa formation ou de ses compétences particulières ». L’objectif de cette expérimentation est de faciliter l’accès à l’offre de soins « dans des délais raisonnables » mais aussi de « réduire les déplacements du patient ». Elle permettra également de pallier d’éventuels renoncements aux soins, d’améliorer l’organisation des soins dans les territoires concernés et, par extension, la qualité de la prise en charge.Un cahier des charges précisant les conditions de réalisation des téléconsultations et des télé-expertises a été publié au Journal officiel.

Arrêté du 17 avril 2015 portant cahier des charges des expérimentations relatives à la prise en charge par télémédecine des plaies chroniques et/ou complexes mises en œuvre sur le fondement de l’article 36 de la loi n° 2013-1203 de financement de la sécurité sociale pour 2014, JO 23 avril 2015, texte 30

  • Le Conseil Européen des Ordres des Médecins (CEOM) adopte une déclaration sur la télémédecine (juin 2014)

La déclaration propose, en préambule, une définition de l’acte de télémédecine : « une des formes de l’exercice de la médecine qui utilise, au bénéfice du patient, les technologies de l’information et de la communication ».

Le CEOM précise que la télémédecine doit être strictement distinguée juridiquement des autres prestations de l’e-santé. En effet, elle relève d’un acte médical qui impose un encadrement juridique propre.

Toutefois, le CEOM considère que la télémédecine n’impose pas de dispositions spécifiques dans les codes de déontologie médicale « puisque les principes éthiques et déontologiques en vigueur demeurent et s’appliquent à cette pratique de la médecine ». Tout comme, il énonce que les droits des patients s’imposent en télémédecine de la même façon que dans le cadre habituel des soins. Mais cette pratique doit augmenter le degré de vigilance à avoir sur les contraintes de sécurité relatives notamment à la confidentialité des données médicales notamment.

En ce qui concerne les obligations des médecins, le CEOM recommande de définir le champ de responsabilité individuelle de chaque intervenant, ainsi que celui qui serait partagé par l’ensemble des professionnels participant à l’acte de télémédecine. Le CEOM insiste sur « la formation permanente des médecins dans leur adoption des technologies de l’information ».

Enfin, il recommande de mettre en place une législation nationale spécifique, au sein de chaque Etat membre de l’Union Européenne, sur la télémédecine. Les Etats devront ensuite se coordonner pour encadrer les actes transfrontaliers.

Accéder à la déclaration du CEOM sur la télémédecine

Quelques pistes internationales pour une approche comparative

Ces dernières années, la télémédecine a donné lieu à plusieurs études et expérimentations à l’étranger, ouvrant la réflexion dans ce domaine. Certains dispositifs pourraient offrir des réponses adaptées à la demande de soins actuelle et aux défis multiples que rencontre le système de santé. Face à l’essor pris par ces nouvelles pratiques, le Conseil Européen des Ordres des Médecins a adopté une déclaration visant à renforcer l’encadrement de ces actes et à favoriser la coordination entre les Etats membres de l’Union européenne.

  • Une équipe chirurgicale londonienne utilise les smartphones

Cette équipe chirurgicale londonienne utilise les smartphones et l’application WhatsApp pour améliorer la communication entre tous les professionnels d’une réanimation chirurgicale.

Données : utilisation par tous les professionnels du département pendant 19 semaines.

Résultat : 1 100 heures de communication passées au bloc sur 636 patients, soit 1 495 messages.

La méthode s’est avérée sûre et efficace. Les médecins seniors donnent des instructions et les internes posent des questions, essentiellement cliniques. Les participants ont estimé que l’application permet de supprimer la hiérarchie au sein de l’équipe et que l’utilisation des smartphones peut améliorer la qualité des soins.

Source : Johnston MJ, King D, Arora S, Behar N, Athanasiou T, Sevdalis N, Darzi A Smartphones Let Surgeons Know WhatsApp : An Analysis of Communication in Emergency Surgical Teams. The American Journal of Surgery 209, N1 (1er janvier 2015) pp.45-51.

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  • Consultations téléphoniques

Les consultations téléphoniques sont une réalité incontournable de par :

  • la conjonction d’une augmentation du besoin (filtrage, triage téléphonique des urgences, prise de rendez-vous, connexions entre professionnels) ;
  • une faisabilité et une facilité croissantes offertes par la technologie nomade qui en fait un outil naturel de consultation, à la fois pour le patient et pour le médecin ;
  • une réorganisation du travail et de la permanence des soins s’appuyant sur les mobiles ;
  • un usage croissant de ces mobiles comme assistant ordinateur (accès en ligne, recommandations, thérapeutique, suivi par le praticien de cohortes de patients avec risques à partir de leur biologie – par exemple suivi en oncologie ou diabétologie – sans oublier l’usage par les grands programmes comme celui de la rémunération à la performance en Angleterre.

Reste à évaluer le danger éventuel de ces nouvelles pratiques « à distance » et le savoir-faire qu’il faut maîtriser pour ne pas prendre de risques excessifs pendant ces consultations téléphoniques.

Les bénéfices sont évidents : gains de temps, moindre charge, offres d’accès accrues pour des patients isolés. Même sur le fond, le téléphone peut s’avérer plus efficace que le face-à-face, par exemple dans le suivi des asthmatiques.

Les risques sont également bien connus : manque d’examen physique, demande de l’expérience, moindre confidentialité, coûts de la communication, phénomènes d’exclusion plus importants (personnes âgées, entendant et/ou s’exprimant avec difficulté, personnes non équipées de téléphone ou non rompues à leur usage), distance accrue, accès plus difficile au médecin si la connexion se fait par un sas de triage en main de soignants, sans parler des actions discutables (valeur des certificats médico-légaux ou des conclusions établis à distance) et du modèle économique incertain (qui paie et rembourse quoi ?).

La formation n’est pas un choix, elle est à imposer sur plusieurs points :

  • les compétences non techniques spécifiques à la consultation téléphonique : écoute active, prises de notes, technique de répétition en utilisant les paraphrases pour vérifier la bonne compréhension, capacité à percevoir un contexte non verbal à travers les éléments phatiques de la conversation (blancs, soupirs, changement dans l’intonation) ;
  • les compétences téléphoniques dans le triage et l’évaluation de l’urgence, dans le suivi du protocole de cohorte au téléphone et aussi dans l’éthique (enregistrements sans le dire au patient notamment, absence de solution d’évitement proposée) ;
  • l’évaluation de la pertinence du canal pour l’objet médical à traiter et l’éventuelle capacité à écourter la conversation pour demander un examen physique direct ;
  • la capacité à vérifier l’identité du patient, apprendre à le rappeler en sécurisant la procédure, éviter de donner des informations trop sensibles qui pourraient être enregistrées, ou même seulement écoutées par des personnes sur la ligne (non signalées à vous). L’idée d’un mot de passe sécurisé pourrait même être retenue.

Source : Pinnock H, Madden V, Snellgrove C, et al; Telephone or surgery asthma reviews? Preferences of participants in a primary care randomised controlled trial. (2010) Prim Care Respir J. 2005 Feb;14(1):42-6. Epub 2004 Dec 25.

Le site patient.co.uk, régulièrement mis à jour, offre une analyse assez complète de la littérature disponible sur ce sujet.

  • Consultations téléphoniques en médecine générale Vs consultations réalisées en face-à-face

Huit cabinets médicaux de généralistes écossais se sont prêtés à une observation systématique de leurs consultations en face-à-face et par téléphone. Toutes les conversations ont été enregistrées après l’accord des patients sur une période donnée.

Au total, ce sont 123 consultations (72 par téléphone et 53 en face-à-face) qui ont été retenues pour l’étude (sélection des consultations avec une qualité et un contenu suffisants pour être analysés, comparabilité des demandes initiales des patients). Finalement, l’étude détaillée a porté sur 65 consultations (32 au téléphone et 33 en face-à-face) représentant un échantillon contrôlé, équivalent par rapport aux médecins et en matière de contenu des demandes. L’analyse s’est portée sur les différentes phases attendues d’une consultation, le temps passé sur chaque phase et les transitions entre phases (qui, du médecin ou du patient, prend l’initiative et comment ?). Les phases retenues étaient l’écoute initiale, le questionnement, le tri des demandes, les orientations thérapeutiques et la partie administrative si nécessaire.

Les résultats montrent que les médecins utilisent les mêmes techniques dans les deux cas. Mais les patients expriment des demandes plus ciblées au téléphone. Les consultations téléphoniques sur des sujets nouveaux se terminent le plus souvent par une demande de consultation en face-à-face. Les périodes de silence, qui caractérisent davantage les conversations en face-à-face, autorisent plus facilement les médecins à poser des questions sur des nouveaux sujets, médicaux ou plus personnels. Enfin, les médecins au téléphone sont moins enclins à faire des demandes complémentaires, ils cèdent plus vite dans la consultation en posant moins de questions à leur patients. Ces derniers allègent leur pathologie en sollicitant en même temps un traitement.

En résumé, un modèle général de conduite de la consultation assez identique, mais avec beaucoup moins de contenu et plus d’influence du patient dans le cadre des consultations téléphoniques, ce qui peut provoquer un certain danger.

Source : Hewitt, H., Gafaranga, J., McKinstry, B. Comparison of face-to-face and telephone consultations in primary care: qualitative analysis, Br J Gen Pract. 2010, 60(574) : 201-12

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  • Une étude randomisée sur l’intérêt du suivi médical des patients par téléphone

Plusieurs études ont déjà montré l’intérêt du rappel des patients par téléphone après une opération chirurgicale, augmentant leur satisfaction tout en permettant un dépistage précoce et un relevé des complications. De nombreux pays commencent à aller plus loin et envisagent un suivi téléphonique de multiples patients à risques sur des périodes longues.

On notera que ces pays occidentaux ont résolu l’approche du partage de l’information dans le cadre d’une culture différente par rapport à la France eu égard au secret médical. Ils considèrent que l’accord des patients pour le suivi vaut autorisation de partage de l’information sur le fond du dossier médical entre tous les professionnels de santé impliqués (médecins, secrétariats, etc.), tous tenus au secret médical. En bref, ils estiment que le bénéfice du partage dépasse l’inconvénient du risque lié au partage. Le résultat de cette étude est donc à relativiser chez nous compte tenu de notre culture plus exigeante sur la protection des personnes. Cette étude n’en demeure pas moins très intéressante au moment où la France publie son décret sur la télémédecine.

L’étude présentée nous vient des USA où la question du suivi téléphonique médical est plus basée sur le « comment faire » que sur le « peut-on le faire ? ». A cette fin, les 174 120 patients (volontaires) souffrant de pathologies variées à potentielle évolution sévère (diabète, maladies cardiaques, etc.) ont été répartis en deux groupes de suivi téléphonique équivalents en tous points : l’un ayant un simple suivi téléphonique d’information et l’autre un véritable coaching médical. Les deux indicateurs mesurés pendant un an sont d’une part des indicateurs d’aggravation objective des pathologies (bilan sanguin, examens complémentaires) et d’autre part le nombre d’hospitalisations. Le coaching est assuré par une équipe, dont la composante « médecin » est minoritaire, n’intervenant que pour des points réclamant l’expertise du médecin.

Résultats : le groupe coaché est significativement moins consommateur du système médical tout en ayant une meilleure santé : la consommation pharmaceutique moyenne du groupe coaché est 3,6 % inférieure au groupe non coaché, avec 10,1 % d’hospitalisations en moins, moins de complications et un profil médical global bien meilleur sur chaque pathologie.

Source : Wennberg D., Marr M, Lang L. M.D., O’Malley S., Bennett G. A Randomized Trial of a Telephone Care-Management Strategy, N Engl J Med (2010) ; 363:1245-1255

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