Torsion du testicule : un retard de prise en charge

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Torsion du testicule : un retard de prise en charge préjudiciable

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La torsion du testicule est une pathologie fréquente, qui nécessite une prise en charge en urgence, puisque tout retard fait perdre des chances importantes de conserver l’organe. Tous les moyens doivent être mis en œuvre pour la détecter et la traiter au plus tôt.

En voici une illustration avec un jugement de tribunal de grande instance du 28 janvier 2019. 

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Auteur : Stéphanie TAMBURINI, Juriste / MAJ : 18/04/2019

Une longue attente aux urgences… et un diagnostic erroné

Un patient de 22 ans ressent de violentes douleurs au testicule droit pendant la nuit. Il se présente vers 3h30 du matin aux urgences d’une clinique où il est placé sur un brancard avant d’être pris en charge, à seulement 7h30 du matin. Après un uro-scanner réalisé pour suspicion de colique néphrétique et l’administration d’antalgiques, il sort vers 15 heures, sans qu’aucun examen des organes génitaux n’ait été pratiqué.

Son médecin généraliste, consulté dans la même journée, constate à 19 heures une torsion du testicule droit, nécessitant une orchidectomie du fait d’une nécrose. Quelques mois plus tard, il est mis en place une prothèse.

S’estimant victime d’un retard de diagnostic préjudiciable, le patient saisit le tribunal de grande instance.

Une expertise qui pointe le retard de prise en charge

L’expert désigné par le tribunal constate qu’entre les douleurs ressenties par le patient pendant la nuit et la prise en charge adaptée, il s’est écoulé dix-sept heures. Or, plus la durée d’ischémie est longue, plus les chances de sauver le testicule diminuent : de 100% dans les trois heures, elles passent à moins de 50% après dix heures d’ischémie.

L’expert s’étonne du délai entre l’arrivée du patient aux urgences, à 3h30 du matin, et sa prise en charge effective par un médecin, à 7h30, alors pourtant que le service n’était pas en tension et que le patient évaluait sa douleur à 9 sur une échelle de 10.  

Par ailleurs, si le diagnostic de colique néphrétique pouvait être envisagé au début de la prise en charge, l’absence de confirmation par les résultats du scanner pratiqué aurait dû inciter les médecins à poursuivre leurs investigations, et notamment procéder à l’examen des organes génitaux.

Par une décision du 28 janvier 2019, les juges retiennent la responsabilité du médecin qui a examiné en premier le patient pour 50%, du fait de l’absence d’examen du testicule droit, qui s’imposait devant des douleurs aiguës de l’aine. La responsabilité de la clinique est retenue à hauteur de 30% du fait de l’attente de 3h30 avant tout examen médical, constituant un dysfonctionnement du service en l’absence d’afflux particulier aux urgences cette nuit-là. Enfin, le médecin qui a autorisé la sortie, plus tard dans la journée, alors que le résultat de l’uro-scanner éliminait le diagnostic initial de colique néphrétique, se voit imputer une part de responsabilité de 20%.

La perte de chance est considérée comme totale.

La torsion du testicule : une question d’heures

La torsion du testicule est une urgence qui se joue en heures, puisque le testicule peut se nécroser très rapidement.

Tout retard de diagnostic n’est pas nécessairement fautif. En la matière, le praticien est soumis à une obligation de moyens. Or, il peut exister des circonstances (signes trompeurs, afflux d’activité dans le service ne permettant pas une prise en charge rapide, etc.) qui peuvent atténuer, voire écarter la responsabilité des soignants.

En cas de mise en cause pour retard de diagnostic ou de prise en charge, les juges examinent ces circonstances particulières, dont ils tiennent compte dans leur décision.

Dans cette affaire, c’est bien parce que les signes étaient évocateurs et que les conditions dans le service étaient parfaitement normales que le tribunal a estimé que la responsabilité des différents protagonistes était engagée devant un tel retard. Dans ces conditions, l’absence de tout examen des organes génitaux est fautive.


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