Etre interne en ophtalmologie

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Etre interne en ophtalmologie : entretien avec Tiphanie Audelan

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Pour un jeune médecin, le passage au statut d’interne est une étape déterminante. C’est là que commence véritablement l’entrée dans la vie professionnelle, avec, à la clé, de nouvelles responsabilités. Tiphanie Audelan, en 6ème semestre de chirurgie ophtalmologique à Paris, nous fait part de son expérience.

  • Interne
  • Médecin spécialiste
Auteur : Propos recueillis par MACSF - Le Sou Médical / MAJ : 21/02/2019

Qu’est-ce qui vous a poussé à entreprendre des études de médecine ?

Plutôt scientifique que littéraire, la médecine m'a intéressée car je voulais faire un métier qui ait du sens. Rendre service au patient était une vraie satisfaction personnelle. Il est difficile au sortir du lycée de savoir en quoi consiste le métier d'ingénieur ou de commercial. Médecin, je savais (ou plutôt je pensais savoir) à quoi m'attendre, je visualisais le métier. Les longues études ne me faisaient pas peur car je savais que nous étions à temps plein à l'hôpital dès la 7ème année. Enfin, la discipline m’intéressait, je voulais comprendre comment le corps humain fonctionne. 

En revanche, je n'étais pas du tout intéressée par l'ophtalmologie car pour moi à l'époque, l'ophtalmologie se résumait à prescrire des lunettes. Je suis initialement entrée en médecine pour devenir pédiatre.

Sur quels critères avez-vous choisi votre spécialité ?

Je voulais une spécialité médico-chirugicale car j'aime que ma pratique quotidienne soit variée, et que je ne pouvais me résoudre à abandonner la clinique pour la chirurgie ou l'inverse. Il n'existe que 4 spécialités médico-chirurgicales : l'ophtalmologie, l'ORL, la gynéco-obstétrique, et l'urologie. Parmi ces 4 spécialités, j'ai vite compris que l'urologie ne m'attirait guère, et que l'ORL était beaucoup plus médicale que chirurgicale, surtout quand on ne souhaite pas faire de cancérologie. J'ai longuement hésité entre ophtalmo et gynéco. La gynéco-obstétrique est une spécialité très variée, magnifique au plan humain, mais aussi très prenante et très stressante. Quand un foetus est en bradycardie sévère, il faut savoir le sortir dans les 3 minutes ! C'est finalement la qualité de vie qui a été déterminante pour mon choix final car je trouvais ces 2 spécialités tout autant passionnantes l'une que l'autre.

L'ophtalmologie est une science très variée, qui touche à un organe noble, avec des risques fonctionnels certes, mais pas de risque vital ou d'urgence de moins de 4h. Il y a donc beaucoup moins de gardes qu'en obstétrique, et celles-ci sont beaucoup plus calmes. La chirurgie est fine et précise. Les actes chirurgicaux sont assez courts, et comme il s'agit de micro-chirurgie, nous opérons assis, ce qui est moins fatiguant physiquement. L'acte le plus réalisé, la chirurgie de la cataracte, a d'excellents résultats post-opératoires. Le service rendu au patient est immédiat, et quasi magique : nous rendons véritablement la vue à ces patients.

Vous avez réalisé votre 1er semestre d'interne en gynécologie avant l’ophtalmologie : racontez-nous cette expérience

Bizarrement j’étais plus à l’aise en gynécologie-obstétrique, parce que pendant l’externat on apprend beaucoup plus de choses dans cette spécialité. En ophtalmologie, on a qu’une introduction à quelques pathologies ; nos lacunes sont immenses. Donc le début en ophtalmologie a été beaucoup plus difficile que mon premier semestre en gynéco. Je ne savais pas du tout examiner à la lampe à fente… j’étais bloquée dès l’examen clinique, je ne savais pas faire. Ne parlons même pas du diagnostic et du traitement !

Quand j’ai commencé en obstétrique, je trouvais agréable le fait d’avoir un contact direct avec les patients, de pouvoir décider les soins que je pensais les plus adaptés pour eux, d’être enfin regardée comme un médecin.

Il y avait évidemment plus de responsabilités, mais en tant qu’internes nous étions assez bien encadrés par les chefs - cela dépend bien sûr des services. Pour ma part, comme ils savaient que c’était mon premier semestre, ils étaient assez compréhensifs et aidants. Il fallait bien entendu travailler le côté théorique à côté, mais ça s’est plutôt bien passé.

Une expérience positive en somme.

Quelles ont été vos plus grandes difficultés ?

Ecouter le témoignage de Tiphanie Audelan (podcast)

C’est aussi un moment de stress parce qu’il faut réussir à gérer le côté relationnel vis-à-vis du patient. Il faut montrer qu’on maîtrise ce que l’on fait, qu’on ne va pas faire n’importe quoi, et c’est toujours un peu difficile la première fois.

Au niveau de la relation avec le patient, estimez-vous être suffisamment formée ?

Nous n’avons pas de cours théorique sur le relationnel avec le patient, c’est plutôt une formation « sur le tas ». On a vu des consultations quand on était externe à l’hôpital, on a observé comment faisaient les aînés. On va même parfois jusqu’à reprendre leur discours quand ils examinent le patient et qu’ils disent toujours la même chose, pour les informer par exemple d’une chirurgie... Cela relève plus du mimétisme que de la formation théorique parce que c’est absent des cours généraux. Les études de médecine c’est aussi beaucoup du compagnonnage.

Et en ophtalmologie ? Avez-vous eu également des moments difficiles ?

Oui bien sûr ! Ça m’arrive même toujours… Sortir du box de consultation en disant au patient « je reviens tout de suite », pour ouvrir un livre dans la salle d’à côté, c’est un grand classique ! Ou d’aller vérifier la posologie d’un médicament sur Internet... Cela dit, je pense que les patients seraient plutôt contents de savoir qu’on vérifie ce qu’on fait au lieu de prescrire à l’aveugle quand on ne connaît pas bien la posologie par exemple.

Sinon en ophtalmologie… J’allais plus voir mes seniors quand je n’étais pas sûre de moi, donc j’ai moins d’anecdotes à raconter.

Vous ne vous êtes jamais sentie livrée à vous-même, seule face à une question, un problème de diagnostic ?

Ecouter la réponse de Tiphanie Audelan (podcast)

Comment se passent les gardes ?

En obstétrique j’ai fait des gardes tout de suite, dès la première semaine, mais il y a un chef sur place qui peut vérifier ce que l’on fait. En ophtalmologie, il faut minium 3 mois d’expérience pour maîtriser la lampe à fente, etc. avant de commencer en tant que suppléant, en journée, le week-end. Au bout d’un an d’ophtalmologie, on a le droit de faire des gardes tout seul.

Heureusement qu’on ne commence pas les gardes dès le premier jour de l’internat, car au début on ne sait même pas allumer la lumière de la table… C’est très compliqué les appareils en ophtalmologie, et il y en a énormément, donc au début on ne sait rien faire !

Lors de votre première journée en tant qu’interne, aviez-vous une certaine appréhension ?

Oui, et avant chaque semestre on a toujours une appréhension. Tous les 6 mois on débarque dans un nouveau service dont on ne connaît ni le fonctionnement, ni les personnels médicaux ou paramédicaux, ni les locaux, ni les numéros de téléphones utiles, ni les codes pour les services informatiques alors que tout est fait sur ordinateur, ... Bref c’est toujours très compliqué. Alors évidemment, les premiers jours de chaque semestre, on appréhende un peu. Mais plus on prend de l’ancienneté et plus on s’adapte vite à un nouvel environnement.

Auriez-vous des conseils à donner aux collègues plus jeunes ?

Quelles sont les bonnes pratiques, les pièges à éviter pour bien préparer l’internat ?

  • Ne pas négliger le sommeil : on est pas efficace lorsqu'on est fatigués !
  • Trouver le juste équilibre entre travailler suffisamment et ne pas s'essouffler. La P1 est un sprint, mais l'externat est un marathon. La préparation est complètement différente. Vous ne tiendrez pas 3 ans en travaillant 15h par jour, il faut savoir lâcher prise de temps en temps... mais pas trop souvent non plus !
  • Ne pas s'isoler : avoir une bonne bande de copains aide beaucoup : pour s'échanger les bonnes infos, pour se filer un coup de mains dans la prise de notes, pour se motiver pour travailler, pour sous-coller, et... pour sortir, décompresser.
  • Travailler sur les mêmes supports de cours que les autres. La majorité a souvent raison. 
  • Garder confiance en soi ! La psychologie positive. 

Et après avoir passé les examens, quelles seraient selon vous les qualités requises pour réussir son internat ?

Ecouter les conseils de Tiphanie Audelan (podcast)

Vous n’avez pas de regret ni de nostalgie de la période d’externat ou des premières années d’études ?

Non pas de nostalgie. L’externat c’est une période très difficile parce qu’on a vraiment le nez dans le travail et pas de vie à côté, donc à ce niveau-là : aucun regret. Quand on est interne, même si les journées peuvent finir tard, au moins quand on rentre chez soi, c’est terminé.

Pendant l’externat, quand on rentre chez soi après l’hôpital, une deuxième journée commence, et celle-ci est sans fin, car on n’a jamais fini d’apprendre tout ce qu’il y a à apprendre en médecine. De ce point de vue, l’internat est plus agréable à vivre.

Bien entendu, cela dépend des spécialités : l’ophtalmologie est plutôt réputée comme « tranquille » par rapport à des chirurgiens viscéraux par exemple, qui croulent sous les gardes et ne dorment pas de la nuit quand ils sont à l’hôpital… En gynécologie-obstétrique j’avais un stage plutôt tranquille, mais quand on est en maternité de niveau 3 avec des milliers d’accouchements par an, ça peut être extrêmement difficile à vivre.

Durant l’internat, bien sûr il y a parfois la surcharge de travail, des semaines qui n’en finissent plus… J’ai fait plusieurs fois 3 gardes dans la semaine donc 3 nuits passées à l’hôpital, 3 fois 24h et entre les gardes, on continuait à travailler. C’est intense, mais on sait que les moments passés hors de l’hôpital sont de vrais moments de détente. Il y a aussi parfois des présentations à préparer, des bibliographies ou du travail personnel à effectuer, mais beaucoup moins. Quand on est externe, on compte les minutes : quand on est au cinéma, on sait que d’autres sont en train de bosser, or aux ECN, on va être classés sur les 8000, et passé 4000 il n’y a plus de place pour les spécialités…. C’est un stress plus permanent.

Je pense que chaque interne aura une expérience différente à raconter. En revanche pour l’externat, je pense que tout le monde aura la même vision : ce n’est pas 3 années de bonheur !

Retrouvez les extraits de l'interview en audio :


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