Témoignage d’un jeune chirurgien-dentiste qui débute son exercice en cabinet

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Témoignage d’un jeune chirurgien-dentiste qui débute son exercice en cabinet

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  • Témoignage d’un jeune chirurgien-dentiste qui débute son exercice en cabinet

Nicolas Bénez a 25 ans. Il n’est pas encore thésé mais il exerce en tant que chirurgien-dentiste collaborateur salarié dans un cabinet de la banlieue lilloise. Il nous explique comment se déroule son passage du statut d’étudiant à celui de professionnel en exercice. 

  • Chirurgien-dentiste
Auteur : Stéphanie Tamburini, Juriste - MACSF / MAJ : 01/04/2019

Qu’est-ce qui vous a poussé à entreprendre des études de médecine ?

Depuis tout petit, je voulais suivre l’exemple de mon père, chirurgien orthopédique. A l’école, quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je dessinais un chirurgien…

J’ai échoué deux fois en première année de médecine, à chaque fois à quelques places près… Je me suis posé beaucoup de questions à ce moment-là.

Il en est ressorti une certitude : je voulais exercer un métier dans le domaine de la santé, mais avec une double composante : manuelle et intellectuelle. L’odontologie était le choix parfait, et je ne le regrette pas du tout aujourd’hui !

Où et sous quel statut exercez-vous ?

Je ne suis pas encore officiellement « Docteur en chirurgie dentaire » car je n’ai pas passé ma thèse. Je ne peux donc pas exercer en mon nom.

Je suis collaborateur salarié dans un cabinet de la banlieue de Lille, dans une zone sous-dotée, avec une patientèle d’un niveau social très modeste. La chirurgien-dentiste y emploie trois collaborateurs, deux en libéral, et moi-même en salarié. J’exerce tous les jours sauf le jeudi, que je consacre à ma thèse.

Depuis que vous exercez, rencontrez-vous des difficultés auxquelles vous ne vous attendiez pas quand vous étiez étudiant, ou êtes-vous déçu par certains aspects du métier?

Ma plus grande difficulté actuellement est d’établir les devis. J’ai encore des réticences à facturer un supplément au patient, au-delà des remboursements de la Sécurité sociale. Quand on débute, on a du mal à se dire que son travail mérite ce supplément. Même s’il m’est arrivé de passer plus de deux heures sur une dévitalisation assez complexe…

Je mesure aussi l’écart entre ce que le « grand public » pense parfois des honoraires des chirurgiens-dentistes, jugés trop élevés, et la pratique. Les soins conservateurs sont très peu revalorisés et il n’est toujours pas prévu, à l’heure actuelle, d’inclure la prévention comme un soin à part entière. S’il est vrai qu’il a pu y avoir des abus sur le coût des prothèses dentaires, il faut aussi avoir conscience des charges importantes qui pèsent sur le chirurgien-dentiste.

Au niveau de la relation praticien/patient, estimez-vous avoir été suffisamment formé maintenant que vous êtes en exercice ?

En chirurgie dentaire, je trouve qu’on manque de formation sur l’approche du patient, sur la communication avec lui.

On apprend un peu « sur le tas » pendant les trois dernières années, lorsqu’on exerce au sein de la faculté. C’est d’ailleurs à ce moment-là, en général, que les étudiants qui ont le meilleur feeling avec les patients se démarquent. 

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir « livré à vous-même » face à un problème de diagnostic ou un plan de traitement ?

Oui, ça m’est déjà arrivé, et plutôt deux fois qu’une, surtout face à des douleurs dentaires inexpliquées. Il faut alors penser à procéder par élimination.

Quand j’étais étudiant, avec un ami de promo, c’est en procédant comme cela qu’on a réussi à diagnostiquer une fêlure mandibulaire à un patient qui venait pour la troisième fois aux urgences de la faculté pour des douleurs à une dent irradiant dans l’oreille.

Comme c’était la troisième fois qu’il venait, on a arrêté de se focaliser sur la dent elle-même pour élargir le champ d’examen.Il en est ressorti que le patient s’était cogné la mâchoire un mois et demi auparavant, mais les douleurs n’étaient apparues que plusieurs semaines après. Cette expérience me sert aujourd’hui quand je bloque sur un diagnostic.

Comptez-vous vous spécialiser dans un domaine particulier de la chirurgie dentaire ?

Quand j’ai commencé à exercer, je trouvais la profession incroyablement diversifiée et je voulais continuer dans de l’omnipratique. Mais avec l’expérience de quatre années d’omnipratique, j’ai envie de me concentrer sur un seul type de soin et me spécialiser. J’ai le sentiment que la chirurgie dentaire est un domaine trop vaste pour pouvoir pousser le perfectionnement dans tous les domaines.

Je suis particulièrement intéressé par l’endodontie. C’est un domaine un peu boudé car à la fois complexe et "chronophage". Je recevrai les patients qui m’auront été envoyés par d’autres dentistes estimant le traitement d’une dent trop compliqué ou sur laquelle ils auront eu un souci lors du traitement endodontique (fracture instrumentale, fausse route voire perforation de la racine).

Ce n’est pas une grande spécialité issue de l’internat. Pour être considéré comme spécialiste, il faut que d’autres dentistes appuient ma demande auprès du Conseil de l’Ordre en attestant de mes compétences en matière d’endodontie. Il ne me reste qu’à faire mes preuves !

Une fois thésé, comptez-vous vous installer en libéral ?

Oui, je compte exercer d’abord en collaboration libérale (c’est le circuit normal d’un jeune dentiste) en vue d’une association avec le dentiste avec lequel je travaillerai ou d’un rachat du cabinet s’il est proche de la retraite.

Je pense être fait pour l’exercice en cabinet. J’ai un bon feeling avec les patients, je sais rassurer les personnes « phobiques » et j’ai eu la chance d’apprendre quelques notions d’hypnose (surtout les exercices de relaxation) pour réaliser les soins chez des personnes en situation de handicap ou « phobiques » vraies.

D’après mon entourage, je sais bien expliquer, montrer, repérer les erreurs et les points positifs… Personnellement, je ne pense pas que je ferais un bon professeur mais des amis de promotion me l’affirment. Alors peut être qu’un jour, quand j’aurai fait le tour de l’exercice libéral, je m’orienterai vers l’enseignement.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune étudiant qui débute son exercice de chirurgien-dentiste en cabinet ?

Ne pas tenter de prises en charge trop complexes quand on débute.

Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à demander conseil. On commence rarement son exercice en étant complètement isolé. En général, on effectue soit un remplacement, soit une collaboration. Dans le second cas, le chirurgien-dentiste qui nous emploie est dans son cabinet, à quelques mètres. En cas de doute, il faut lui demander conseil. 

Enfin, même si on est jeune et qu’on commence son exercice professionnel, il ne faut pas se « laisser faire ». Il faut fixer des règles de fonctionnement du cabinet, des rendez-vous, et s’y tenir. Par exemple, en expliquant aux patients qu’un retard peut avoir un impact non négligeable sur l’ensemble de la journée de consultation, et donc sur les autres patients.

Il ne faut pas non plus céder aux « exigences » des patients, ce qu’on peut être tenté de faire quand on commence à exercer. Par exemple, quand un patient vous dit qu’il veut un bridge, que son praticien précédent lui a dit que c’est possible alors que vous savez très bien qu’un bridge ne tiendra pas, et sera même délétère pour les dents restantes. Il faut savoir s’affirmer, en se disant que le patient vient nous consulter en tant qu’ « homme de l’Art » et que c’est à nous de déterminer quel est le plan de traitement le plus adapté.

Nous avons affaire à des patients qui nous consultent pour des soins, et non à des clients qui achètent un produit ou un service.

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